L’événement Précis

[L’événement Précis] Plateforme multifonctionnelle de Dolivi: L’innovation technologique au service de l’autonomisation des femmes de Ouinhi

Plateforme multifonctionnelle de Dolivi: L’innovation technologique au service de l’autonomisation des femmes de  Ouinhi

Des tubercules de manioc prêts à passer au moulin

La plateforme multifonctionnelle solaire de Dolivi dans la commune de Ouinhi a changé la vie des femmes. Elle offre aux femmes de la localité un tremplin pour sortir de la précarité et s’autonomiser. Elle est source de joie et réduit la pénibilité du travail. Initiée et réalisée dans le cadre de la mise en œuvre du Projet d’Appui à la préservation et au développement des forêts galeries et production de cartographie de base numérique (PAPDFGC), c’est un exemple de réussite qui peut faire école ailleurs. Pleins feux sur l’un des acquis de ce projet que financent l’Union européenne (UE), le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), le gouvernement béninois et les communes partenaires..

Trois femmes, bassine de noix de palme sur la tête de l’une et de tubercules de manioc sur celle des deux autres arrivent, très joyeuses sur le site de la plateforme multifonctionnelle de Dolivi dans la commune de Ouinhi à une quarantaine de kilomètres d’Abomey dans le département du Zou. Nous sommes en milieu d’après-midi vers 16 heures. Leurs éclats de rire et leurs taquineries attirent l’attention des gestionnaires du centre. Elles profitent du beau temps pour venir transformer leurs produits. Elles sont membres des groupements « Alogbèya » et « Sonagnon ». « Ici, nous transformons les noix de palme, le maïs, le manioc et autres », explique Françoise Zannou, la présidente du groupement « Alogbèya ». Quinze minutes plus tard, les  voilà prêtes à repartir. Les contenus des trois bassines sont écrasés. Il ne leur reste plus qu’à finaliser chez elles, dans les minutes qui suivent, la fabrication du gari et de l’huile de palme. Il y a quelques semaines encore, il leur aurait fallu, à chacune, des heures, toute une journée, voire deux jours pour exécuter cette opération de transformation à mi-parcours du manioc et des noix de palme. «Avant, on parcourait de très longues distances à la recherche d’un moulin pour le faire. On allait même jusqu’à Houédja », se souvient Françoise Zannou. A défaut de machines, elles avaient recours à des techniques archaïques de transformation. Cela est encore d’usage dans plusieurs milieux ruraux : râper le manioc manuellement et piler ou alors pétrir les noix de palme avec le pied pour séparer la chair de la coque. Cette pénibilité du travail dans les activités génératrices de revenus qu’adoptent les femmes prend progressivement fin à Dolivi et aux alentours.

 

De moins en moins de peine

Mise en service en décembre 2018, la plateforme multifonctionnelle conjugue au passé les peines des femmes de Dolivi, et même celles des villages environnants. « Les femmes viennent de loin. Elles arrivent de Houédja, Ahogo, Damè Wokon, Ahlan, pour écraser leurs produits ici. Même les femmes des villages Holli viennent ici », précise Françoise Zannou. Le temps et les efforts physiques jadis fournis par ces femmes sont réduits grâce aux équipements. « Avec ce dispositif, le cycle de transformation qui pouvait durer 72 heures peut maintenant se réduire à une journée», estime Elisabeth Tossou, Chargée de programme Environnement et développement durable au PNUD. Ce gain de temps permet de satisfaire un grand nombre de femmes en un laps de temps relativement court. En plus du moulin à manioc assorti de presse pour réduire les peines de râpages manuels, et du moulin destiné à broyer les noix de palme, la plateforme de Dolivi dispose d’un moulin à maïs qui bénéficie aux ménages de plusieurs villages. Alice Dandjo, une cultivatrice, ne cache pas son enthousiasme. « Je vis à Houéga. Je suis venue faire moudre le maïs à Dolivi parce qu’il n’y a pas de machine dans mon village. Cette plateforme nous remplit de joie », témoigne-t-elle, espérant que son village bénéficie aussi bientôt d’une telle plateforme. Son bébé solidement attaché au dos et son sac de farine de plusieurs kilos en équilibre sur la tête, Alice Dandjo confie alors le calvaire qu’elle continue de partager avec les femmes de son village. Elle parcourt régulièrement, les trois kilomètres qui séparent son village de Dolivi pour écraser le maïs. « Quand il pleut, on peut rester jusqu’à quatre jours sans manger parce que les voies sont coupées. Faute de pirogue, on est obligées de rentrer avec le maïs et de nourrir les enfants avec du gari mais, à un moment donné ils finissent par s’en lasser. On n’a pas d’argent pour acheter un kilo de riz à 400 francs. Ça ne suffirait même pas, vu le nombre d’enfants que nous avons », raconte Alice Dandjo. Comme les femmes de Houéga, celles des autres villages attendent aussi de voir leur localité bénéficier d’une plateforme du type de Dolivi pour profiter de ses merveilles qu’elle offre.

 

Au bénéfice de la communauté

Innovation technologique, la plateforme multifonctionnelle de Dolivi est alimentée grâce à l’énergie solaire et présente de multiples avantages. Alors qu’elles étaient obligées, dans le passé, de mettre leur santé en péril face aux risques que présentent les moulins à gasoil, les usagères sont désormais libérées de la fumée toxique, ce qui n’est pas sans impact positif sur leur santé. Plus intéressant, la plateforme multifonctionnelle est au service de la communauté entière. Grâce à elle, le  château d’eau fonctionne pour fournir de l’eau potable. Elle assure l’éclairage du site et apporte à la population de nombreuses solutions à leurs problèmes liés à la recharge des batteries des portables et autres petits équipements électriques. « Grâce à l’énergie solaire, on peut recharger à moindre coût les batteries de téléphone et les torches. Auparavant, on rechargeait les batteries de nos appareils à l’aide de groupes électrogènes à 100 francs. Avec l’énergie solaire, on le fait à 25 francs seulement », se réjouit Edmond Sèwanou, le chef du village de Dolivi.

 

Le PAPDFGC en quelques mots

C’est un projet mis en place en 2013 et qui vise à réduire les causes et effets des inondations en promouvant la conservation et l’utilisation durable des forêts galeries de la basse vallée du fleuve Ouémé. Il a aussi pour objectif de fournir une cartographie numérique de base actualisée pour l’ensemble du Bénin. Il touche environ un million d’habitants et permet de mettre en œuvre des actions telles que le reboisement, la restauration des berges, la mise en place de micro infrastructures de captage de l’eau et la mise en place d’activités génératrices de revenus (apiculture, pisciculture, mise en place de plateforme multifonctionnelle, etc.). L’une des finalités est d’amener les populations à limiter les pressions qu’elles exercent sur les ressources forestières dans la basse Vallée de l’Ouémé.

Le projet est axé sur deux composantes : la composante « Conservation et utilisation durable des forêts galeries » qui couvre 13 communes de la basse vallée de l’Ouémé (Zagnanado, Zogbodomey, Ouinhi, Kétou, Adja-Ouèrè, Akpro-Missérété, Adjohoun, Bonou, Aguégués, Sèmè-Kpodji, Dangbo, Porto-Novo) pour le volet lutte contre les inondations, et la composante « Cartographie numérique » qui couvre toute l’étendue du territoire national. Les thématiques couvertes dans la mise en œuvre sont  la cartographie de base numérique, la préservation de la biodiversité, la gestion des risques des inondations, la gestion intégrée et durable des ressources naturelles, la promotion du genre et de l’économie rurale. Ce projet est cofinancé par l’Union européenne à travers l’Alliance Mondiale contre le Changement Climatique (AMCC) pour un montant d’environ 5,250 milliards de francs Cfa (8 millions d’euros), le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) pour un montant d’environ 197 millions de francs Cfa (300 000 euros), le Gouvernement du Bénin, à travers le Ministère du Cadre de vie et du Développement Durable et les Communes bénéficiaires.

Flore NOBIME

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