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[L’événement Précis] Edito: Un couteau à double tranchant

Edito: La guerre des logos
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Pour la première fois de son histoire, le Bénin a recours au marché international de la dette souveraine pour financer son développement. Pour le moment, les 328 milliards de FCFA récoltés sont un signe encourageant de ce que sera le terme de cette opération inédite et encourageante. Elle met en exergue non seulement la respectabilité internationale du Bénin, mais aussi sa capacité à se projeter sur un théâtre complexe et hautement spéculatif que constitue la finance internationale.
Mais il ne faut pas se bercer d’illusion. On a beau louer les prouesses du Bénin, on ne manquera pas de souligner les risques liés à ce type d’opération. Déjà ce lundi, certains compatriotes ayant eu accès aux discussions entre le ministre des finances et les investisseurs et notamment les agences de notation, se sont mis à spéculer sur la qualité du dossier Bénin. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’ils s’attendaient à un échec cuisant. Ce n’est pas le cas, loin s’en faut. La transparence qu’implique ce type d’opération expose le pays à la face des grands investisseurs mondiaux. De fait, les agences de notation dont on a condamné par le passé le manque de pro-activité dans des crises comme celle de la Grèce et surtout la grande crise de 2007-2008, n’ont plus aucune excuse désormais. Elles sont tenues de dire la vérité, pour ne pas voir s’envoler le peu de respectabilité qui leur reste encore. Mais malgré les réticences et les réserves normales dont elles se sont entourées, l’émission du Bénin a été jugée satisfaisante et souscrite à une hauteur respectable. C’est une entrée remarquée sur l’échiquier mondial.
L’inquiétude la plus significative est liée à ce qui se passera après. Que fera-t-on de ces milliards récoltés ?
L’avantage du Bénin face à certains pays qui vont sur le marché obligataire, c’est d’avoir déjà un programme d’actions chiffré dont plus personne ne doute désormais de la pertinence. Les axes de financement sont déjà tracés et je reste confiant que le FMI n’a pas pu autoriser l’opération sans en mesurer les risques ainsi que les retombées. En suivant l’actualité de ces derniers jours, on peut apprendre que le gouvernement tunisien demande au département d’Etat américain un prêt de 500 millions de dollars pour financer l’acquisition d’avions d’attaque légers de fabrication américaine. Autrement dit, l’argent ainsi récolté devrait servir à armer le pays. Ce n’est pas le genre de souhait que l’on peut formuler pour le Bénin. Un autre exemple est celui du Mozambique où les fonds récoltés en 2013-2014 sur le marché international ont été dilapidés à travers des achats somptuaires inutiles.
La maturité de sept ans de l’émission béninoise est une espèce de corde au cou. Il s’agit d’un moyen terme qui oblige le pays à réaliser les investissements prévus pour ces fonds. Les obligations souveraines sont des sursis qu’aucun Etat sérieux ne saurait manquer de respecter. Alors question : que faisons-nous maintenant pour que le Bénin soit capable de rembourser cette dette dans les délais contractuels ? Que faisons-nous pour que les mécanismes d’endettement n’empêchent pas les générations futures de vivre comme elles le veulent ? La dette souveraine étant de nature intergénérationnelle, il y a un fardeau que nous léguons en effet sur les épaules de nos enfants. A eux de payer pour nos frasques…
Cette question n’a qu’une apparence morale ou éthique. Si nous ne travaillons pas suffisamment pour rembourser, nous aurons en face de nous les fonds vautours qui vont racheter ces dettes et nous mettre devant nos responsabilités. Un pays comme l’Argentine l’a appris à ses dépens, elle qui a mis quinze ans pour se débarrasser de la hargne des fonds vautours. Ceux-ci ont empêché le pays d’accéder au marché financier international, jusqu’à ce qu’il rembourse entièrement ses dettes.
La dette se rembourse toujours, et avec intérêt, quoi que l’on puisse dire.
Vous connaissez déjà mon opinion sur cette question. Autant il est convenable de solliciter le marché financier international, autant il vaut mieux produire pour s’en passer. L’endettement est un piège si l’Etat ne sait pas produire. S’il ne sait pas mettre en place les réformes nécessaires à l’accélération de la croissance. Le recours au marché financier international oblige chaque Etat à accélérer son rythme de développement. Sinon, les menaces qui pèsent sur nos têtes sont nombreuses.

Par Olivier ALLOCHEME

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TAGS: Edito du 22 mars 2019, Editorial
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