L’événement Précis

[L’événement Précis] Edito: L’impuissance même même

Edito: La guerre des logos
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Boni Yayi avait menacé de mettre le pays à feu et à sang quand il était encore au pouvoir. Il n’y a pas réussi et a même pu partir du pouvoir sans effusion de sang. Mais il semble que son vieux projet lui trotte toujours dans la tête. Assisté cette fois de Nicéphore Soglo ainsi que de Rosine Soglo à qui elle avait confié son funeste dessein, il a fait un tour au marché Dantokpa ce vendredi. L’objectif (inavoué) était de créer un mouvement de foule qui pourra mettre les forces de l’ordre sur les nerfs pour commettre l’irréparable. Un coup de feu est vite parti, un ancien chef d’Etat serait touché ou même un simple usager du marché, et le scandale est vite arrivé. La parfaite astuce du pyromane. Malheureusement (ou heureusement), le projet a encore foiré du fait du professionnalisme des policiers qui ne se sont pas laissés distraire. Ils ont dispersé les anciens présidents, trublions d’un jour, comme ils en ont eu l’habitude avec les travailleurs : avec tact et fermeté. Je vous laisse calculer la vitesse avec laquelle chacun a pris ses jambes au cou, lorsque les premières détonations de gaz lacrymogène ont retenti. Mais il y a eu aussi la pluie qui est venue parachever le travail.
La stratégie employée par les deux anciens présidents avait pour finalité de provoquer une révolte populaire qui tarde à venir. Malgré les appels incessants des acteurs de l’opposition à une insurrection populaire, celle-ci n’arrive pas en effet. Nous venons de boucler plus d’une semaine de campagne électorale, et tout semble se passer comme si cette révolte voulue et souhaitée de toutes les forces de l’opposition, ne se manifestera pas. Les deux anciens présidents ont donc pris leurs taureaux par les cornes, soucieux d’allumer l’étincelle d’où jaillira l’incendie. Il faut à tout prix trouver le déclic qui sonnera le glas du régime Talon.
De guerre lasse, Bertin Koovi qui s’est autoproclamé « commandant en chef » du peuple révolté, a fini par s’insurger contre ses compatriotes. Dans un audio qui a fait le tour des réseaux sociaux la semaine dernière, il s’était emporté contre ce pacifisme des Béninois restés décidément sourds à ses appels à l’anarchie. Menaçant et apparemment désabusé, Bertin Koovi disait ceci : «Vous ne comprenez rien. L’akassa peut être à 10.000 F le morceau, Yayi Boni et sa famille auront à manger. L’akassa peut être à 100.000 F, Azanaï aura à manger […] Vous dites que vous ne voulez pas sortir. Ne sortez pas ! Où est le problème ? Restez chez vous. Quand vous croyez que les gens se battent pour leurs intérêts, vous allez mourir de faim. A des moments donnés, je me demande pour quel peuple on se bat. Vous ne méritez même pas que quelqu’un fasse un audio pour vous défendre. Vous êtes corrompus, irresponsables, incapables de se révolter… » Son admonestation s’achève du reste par une sombre prédiction : « Bientôt, vous mangerez une fois chaque trois jours. »
Depuis ces menaces et ces implorations désespérées et même courroucées, le peuple refuse de se révolter.
Tout ce monde fait mine d’oublier que les révoltes des peuples sont avant tout spontanées. Elles naissent rarement d’une manipulation, encore moins des jeux de pouvoir opposant un clan de jouisseurs à un autre. S’il faut rappeler les luttes de 1989, elles sont intervenues après plusieurs mois d’impayés, dans un contexte de banqueroute et de déroute idéologique. Ceux qui se révoltèrent n’avaient plus d’autre espoir que de se révolter pour espérer sortir de la faim. Nous sommes loin de la déchéance de cette période. Mieux, même si on ne regarde rien, personne n’est indifférent aux réalisations tangibles du régime Talon. Sans oublier que les crieurs d’aujourd’hui étaient hier de farouches adversaires prêts à en découdre. Quand on voit ces jeux de passe-passe, ce chassé-croisé des intérêts et des hommes, on est étourdi par tant d’inconséquences et de désinvolture vis-à-vis de la morale et de l’éthique. Le peuple n’est pas dupe. Personne ne veut servir de chair à canons aux jouisseurs inconsolés.
S’il y a donc soulèvement aujourd’hui, ce ne serait jamais l’œuvre d’un quelconque peuple révolté, mais la seule conséquence d’une stratégie de manipulation. Jusqu’ici, cette stratégie a désespérément échoué.

Par Olivier ALLOCHEME

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TAGS: Edito du mardi 23 avril 2019, Editorial
[L’événement Précis] Edito: J’ai peur de Talon
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