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[Le Magazine de L'afrique] Un successeur désigné pour Issoufou Mahamadou

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À deux ans de la tenue des élections présidentielles au Niger, le principal parti au pouvoir, le PNDS, désigne déjà son candidat : Bazoum Mohamed. Déjà, l’opposition exige son départ du gouvernement. Le pays se prépare à tourner la page Issoufou Mahamadou. 

Niamey, Sani Aboubacar 

Deux ans avant la fin du deuxième et dernier mandat légal du président Issoufou Mahamadou, arrivé au pouvoir en 2011, le Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS-Tarayya) choisit déjà son successeur.

Les huit structures fédérales, les coordinations de l’extérieur et les organisations de masse du parti ont approuvé, à l’unanimité, le 31 mars 2019 à Niamey, la décision du Comité exécutif du parti, proposant la candidature de l’ancien syndicaliste aujourd’hui homme politique et président du PNDS, Bazoum Mohamed, aux élections présidentielles de 2021. « Jamais je n’ai imaginé qu’un jour je serais en état d’assumer une responsabilité telle que celle dont vous venez de m’investir », a-t-il déclaré, très ému. « C’est donc avec beaucoup d’humilité que j’accepte votre décision qui me touche au plus profond de mon coeur. » 

Le Président a réitéré son engagement à « l’organisation consensuelle, inclusive et transparente des prochaines élections qui permettront pour la première fois de notre histoire à un président démocratiquement élu de passer pacifiquement le témoin à un autre ». 

Une investiture précoce, intervenue pour mettre fin aux querelles de succession du président sortant, après que le secrétaire général du parti, Hassoumi Massaoudou, ait manifesté son désir d’être aussi le candidat du PNDS. Limogé de son poste de ministre des Finances, alors qu’il était en mission de travail à l’intérieur du pays, Hassoumi va finalement se ranger à la volonté du Comité exécutif. 

Par cette investiture prise très tôt, le principal parti au pouvoir entend ainsi souder les rangs de ses militants. Mais l’opposition, du fait de la position qu’occupe le candidat du PNDS au sein du gouvernement de Brigi Rafini, n’a pas tardé d’exiger son départ. 

Bazoum, juge et partie ? 

L’opposition n’a pas tardé à réagir. Dans un communiqué rédigé par Falké Bacharou, du Front pour la restauration de la démocratie et la défense de la République, rendu public dès le 1er avril, elle a rappelé que Bazoum Mohamed est « ministre en charge des partis politiques, des élections, chargé aussi de la chefferie traditionnelle, des religions, de la sécurité publique et de la tutelle des collectivités territoriales ». À ce titre, « il ne peut être juge et partie », estime-t-elle, exigeant du chef de l’État son départ du gouvernement. 

« L’opposition a tout simplement demandé au président de la République de tirer les conséquences, autrement dit, il ne peut plus continuer à siéger au sein du gouvernement en tant que ministre en charge des questions électorales », explique Issoufou Issaka, député de l’opposition. «Je sais que l’opposition ne peut pas rester insensible à l’engouement par rapport à la candidature du camarade président Bazoum Mohamed, qui les a tellement ébranlés. J’étais convaincu que ses membres allaient sortir un communiqué dès le lendemain», ironise Boubacar Sabo, membre du PNDS. 

«Ce que l’opposition refuse de dire, c’est que le ministre de l’Intérieur n’organise pas les élections. Il est la tutelle des élections. La Commission électorale nationale indépendante (CENI) qui est investie de cette mission, est une structure indépendante. Au Niger, la Constitution n’a jamais dit et aucune loi ne dit jamais, qu’il faut démissionner de toutes les activités politiques avant d’être candidat», réplique Saâdou Dillé, député du PNDS. Peut-être, mais « ce n’est pas une loi de la République qui va « dégager » le ministre en charge de l’Intérieur de son poste, nous pensons que c’est le bon sens qui le dicte », estime Koroné Massani, député de l’opposition. 

Le Niger s’est doté d’une CENI permanente, qui a un correspondant au niveau du gouvernement, à savoir le ministère de l’Intérieur. Le président de l’association des constitutionnalistes du Niger, Maïna Karté, estime « tout à fait normal » que des voix s’élèvent pour réclamer le départ de Bazoum Mohamed, pour une question de philosophie politique. « Il ne faut pas se cacher les choses, l’indépendance de la CENI ne la couvre pas totalement du ministère de l’Intérieur. » 

Si la position au sein du gouvernement de celui qui va porter les couleurs du PNDS reste une préoccupation pour l’opposition qui boycotte déjà la CENI, son investiture annonce cependant les couleurs d’une alternance politique, pour la première fois au Niger. 

En effet, pour la première fois de son histoire, le parti socialiste nigérien investit un candidat à la présidentielle qui n’est pas Issoufou Mahamadou. « Un moment de bonheur à nul autre comparable pour notre parti de pouvoir franchir un seuil symbolique supplémentaire, dans le cours de son histoire assez singulière », s’est félicité Bazoum Mohamed.

Lequel n’a pas tari d’éloges envers le président Issoufou : « Il est resté égal à lui-même : loyal, sérieux, méthodique et farouchement résolu ». Pour ce faire, le futur candidat promet « de marcher dans les sillons tracés par Issoufou Mahamadou, de garder le même cap, d’être la mémoire de nos engagements et de ne jamais oublier ce qui fait la valeur de nos souffrances et de nos joies communes ». 

Signe d’une alternance politique 

Signe d’une alternance au sein du PNDS, l’investiture de Bazoum Mohamed traduit aussi la volonté annoncée par le président de la République de ne pas briguer un troisième mandat, et de ne pas modifier la Constitution de 2010 pour se maintenir au pouvoir en 2021.

Dans son message à la nation, à l’occasion de la célébration du 60e anniversaire de la proclamation de la République du Niger, le 18 décembre 2018, le Président a réitéré son engagement à « l’organisation consensuelle, inclusive et transparente des prochaines élections qui permettront pour la première fois de notre histoire à un président démocratiquement élu de passer pacifiquement le témoin à un autre ». 

Il est vrai que l’actuel chef de l’État, alors chef de file de l’opposition, a été à l’avant-garde de la lutte contre la prolongation illégale du mandat de Tandja Mamadou, qui avait modifié la Constitution pour s’octroyer un bonus de trois ans « afin de finir les grands chantiers qu’il a engagés ». Face à la mobilisation des organisations de la société civile et des partis politiques conduite par Issoufou Mahamadou, le régime de Tandja n’a duré, que trois mois puisque balayé par un coup d’État militaire. 

Pour la prochaine présidentielle Bazoum Mohamed, 59 ans aujourd’hui, pourra compter sur le bilan des deux mandats du président Issoufou d’une part, et d’autre part, sur un environnement politique marqué par une opposition plus que jamais fragilisée.

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TAGS: Afrique de l'Ouest, alternance, Le Magazine de L'afrique, Lundi 13 mai 2019, Niamey, NIGER, POLITIQUE
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