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[Le Magazine de L'afrique] Christian d’Alayer : « Des tempêtes politiques en vue… »

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Tandis que l’Afrique anglophone connaît un relatif apaisement, les tensions et l’incertitude politique grandissent en Afrique francophone. Des élections à haut risque se préparent.

Opinion de Christian d’Alayer

Le « pré carré » de la France est aujourd’hui en proie à de fortes secousses politiques, lesquelles ont toutes les chances de s’accroître au cours des deux années à venir. Jadis, c’était plutôt les pays non francophones qui faisaient la une des médias internationaux.

Tout s’est soudainement calmé. Certes, une opposition de plus en plus déterminée voit le jour en Éthiopie où les Tigréens dominent ce pays immense. Mais la croissance calme la population et l’opposition « reste dans les clous » des institutions. Au Nigeria, le général Muhammadu Buhari, élu contre le sortant Jonathan Goodluck en 2015, ne devrait pas non plus faire de difficulté si jamais il n’était pas réélu en février 2019.

En attendant, l’armée fédérale a remporté de nombreux succès contre Boko Haram, aujourd’hui sur la défensive. Georges Weah vient de gagner la présidentielle au Liberia, devenu un pays pacifié, et Nana Akufo-Addo, ouvertement pro-occidental, préside un Ghana sans réelles difficultés politiques. Au Kenya, Uhuru Kenyatta, fils de feu Jomo Kenyatta, a fini par être reconnu par son adversaire comme vainqueur de la présidentielle de 2017. De plus, le terrorisme somali semble en recul…

En Tanzanie, la situation s’est calmée après l’élection controversée de 2015 qui avait reconduit le parti au pouvoir et rien n’indique qu’il pourrait perdre en 2020. En Angola, le MPLA a remporté les élections de 2017, Joao Lourenco remplaçant Dos Santos et mettant fin à la toute-puissance de sa famille dans le pays, calmant ainsi de nombreux opposants.

Au Mozambique et malgré des faits de violence, le Frelimo, parti au pouvoir, a également remporté les élections générales de 2017, investissant l’actuel président, Filipe Nyusi, comme son candidat à l’élection présidentielle de 2019.

Même l’Afrique australe est calmée : d’une part avec le départ du vieux lion Mugabe au Zimbabwe, augurant d’une élection présidentielle sans doute moins tendue cette année que les années précédentes. L’armée reste maîtresse d’un jeu que les Anglo-Saxons devraient moins perturber qu’au cours des précédentes décennies.

Élections à haut risque

Enfin, le très attaqué Jacob Zuma n’est plus président d’Afrique du Sud, remplacé au début de l’année par son vice-président Cyril Ramaphosa qui devrait faire remporter aisément les élections générales de 2019 à l’ANC. Le tableau global est donc plutôt rassurant, d’autant que la croissance économique est forte partout, à l’exception de l’Afrique du Sud qui pâtit des investissements à l’étranger et non sur son sol de la plupart de ses grandes entreprises.

C’est tout le contraire en Afrique francophone, de plus en plus agitée en dépit de la main tutélaire de Paris sur ses affaires internes. Commençons par le plus grand pays francophone (mais pas vraiment dans le pré carré français), la RD Congo, où des élections générales et présidentielles auraient dû déjà se tenir, Joseph Kabila ne pouvant plus se représenter.

La situation n’a pas cessé d’empirer depuis un an avec des milices et des policiers sévissant partout et une situation politique des plus confuses. Théoriquement, les élections devraient avoir lieu en décembre 2018, sans exclure des scénarios catastro­phiques possibles, jusqu’à une nouvelle sécession katangaise. Ce qui est certain est que les résultats seront contestés quels qu’ils soient ! Poursuivons avec des pays plus dépendants de la France, en suivant l’ordre alphabétique :

En Côte d’Ivoire, la situation n’est toujours pas apaisée. Alassane Ouattara a été certes réélu avec plus de 80 % des voix en 2015, mais sans opposant de poids. Il a dû faire face depuis à des mouvements d’humeurs d’anciens militaires. C’est dans ce contexte que les élections générales et présidentielles sont prévues en 2020 et le Président sortant ne pourra pas se représenter. Une période cruciale…

Au Cameroun, où Paul Biya, faute de successeur sérieux et face à l’opposition désorganisée, devrait briguer un nouveau mandat. Une tentative de sécession des provinces anglophones a été suscitée à la suite de la victoire du pays face au Nigeria dans la querelle qui les opposait sur la propriété des champs d’hydrocarbures de la presqu’île de Bakassi. Yaoundé a facilement maté « l’armée » ambazonienne (l’Ambazonie est le nom que les sécessionnistes ont voulu donner aux provinces anglophones), mais doit faire face à présent aux revendications des vaincus.

En Centrafrique, la paix s’éloigne inexorablement entre Centrafricains, séparés certes par la religion, mais aussi par la culture. Les élections peuvent vite y dégénérer…

La Guinée-Bissau paralysée

Au Gabon, il faut s’attendre à de nouvelles contestations très sérieuses du clan de Jean Ping, à l’origine soutenu par la France, après les législatives.

En Guinée-Bissau, les législatives devaient avoir lieu également en avril. Permettront-elles de pacifier les relations très conflictuelles entre le président José Mario Vaz, et le parti au pouvoir ? Ce conflit paralyse le pays depuis plus d’un an.

À Madagascar, la présidentielle de décembre 2018 mettra face à face tous les derniers chefs de l’État, Hery Rajaonarimampianina, sortant, Marc Ravalomanana et Andry Rajoelina, ses deux prédécesseurs. Compte tenu des tensions très fortes observées à chacune des successions, celle-ci ne devrait pas échapper à la règle.

Au Mali où l’élection présidentielle est prévue en juillet prochain, tous les candidats annoncent déjà des sondages vainqueurs, faisant douter jusqu’à l’entourage du président Ibrahim Boubacar Keïta. En fait la guerre n’est pas vraiment terminée au Nord et l’irrédentisme touareg divise profondément les Maliens qui, au Sud, ne sont plus vraiment pro Français.

Au Togo enfin, les élections étant prévues en 2020, Faure Gnassingbé, présenté à tort ou à raison comme l’homme des Français, devrait faire face à une candidature unique de l’opposition, du moins hors les candidatures spontanées. Ce serait une première et la réélection du président sortant serait plus que compromise.

Reste l’Afrique du Nord qui n’est plus sous la férule française, mais où, là encore, la francophonie est très agitée : en Algérie, Bouteflika devrait se représenter en 2019 pour maintenir à flot la coalition FLN (qui vient de remporter les municipales) et musulmans modérés. Alors et certes, cette coalition est trop puissante pour une opposition beaucoup trop citadine. Mais l’âge du capitaine ne peut qu’interloquer les observateurs.

Manque de doigté de l’Élysée

En Tunisie, les modérés laïcs au pouvoir patinent, ils n’arrivent pas à assurer le gîte et le couvert à population. Le spectre de l’islamisme radical revient finalement assez vite, d’autant que pour relancer la machine économique, le nouveau pouvoir a dû faire appel… aux anciens collaborateurs de Ben Ali ! Au Maroc, les islamistes sont au pouvoir. Sous le contrôle cependant d’un roi très puissant et ils pourraient se lasser de ne pas être en mesure, de ce fait, de gouverner.

Tout cela engendre beaucoup d’agitation alors que les Français ne disposent plus vraiment de hauts fonctionnaires capables d’apprécier les différentes situations. Paris s’en remet surtout aux militaires français dont on a vu, notamment au Mali, qu’ils n’étaient pas forcément bon diplomates.

Le désastre en matière d’image de marque des affaires ivoirienne et libyenne est un exemple frappant du manque de doigté – c’est un euphémisme – des conseillers Afrique de l’Élysée. Plus généralement, le franc CFA est attaqué aujourd’hui de toutes parts. Une majorité d’Africains francophones n’en veut plus, tandis que se profile la monnaie d’Afrique de l’Ouest que souhaite créer la Cedeao.

ENCADRE

Les Français n’ont plus l’expertise de l’Afrique

Ce n’est pas tant le nombre de Français résidant en Afrique qui aurait baissé. En fait et compte tenu du phénomène de la double nationalité (44 % des expatriés globaux quand même, dont un taux plus élevé en Afrique), il a plutôt augmenté en Afrique du Nord et est resté stable en Afrique francophone depuis les indépendances : au total, plus de 250 000 Français vivent en Afrique, soit un peu moins de 15 % des expatriés français.

C’est plus le regard des Français sur le continent qui a changé. En mal : l’administration française d’abord n’a plus les moyens d’analyser la vie politique et économique du continent. Son ancien corps des administrateurs de la France coloniale a bien évidemment disparu, remplacé par des diplomates issus des grandes écoles françaises et pour qui l’Afrique représente, quand ils sont jeunes, une sorte d’expérience exotique obligatoire, mais la plus brève possible, et quand ils sont plus âgés, une véritable punition.

De plus, la coopération française n’est plus ce qu’elle était voici vingt ans seulement. Le gros du budget a été transféré au niveau européen et les missions de « la rue Monsieur » se sont rétrécies comme peau de chagrin au fil des années, avec une accélération du phénomène depuis l’élection de François Hollande. Les contraintes budgétaires ainsi que l’endettement public de la France interdisent quelque retour en arrière que ce soit. Et, en fin de compte, on a vu les politiques se reposer de plus en plus sur les militaires pour gérer « les affaires africaines »…

Reste le privé : le retournement date de la dévaluation du franc CFA sous la férule du cabinet d’Édouard Balladur, alors Premier ministre. Immédiatement après cette dévaluation et les prix des produits français ayant doublé en Afrique, les autochtones se sont tournés vers d’autres fournisseurs, dont la Chine.

En quelques années, des positions jadis imprenables ont été perdues et les grandes entreprises françaises présentes en Afrique s’en sont détournées. Les fameux « comptoirs », SCOA et CFAO par exemple, ont été vendus à des étrangers, les banques françaises se sont retirées et la présence globale de l’économie française en Afrique est devenue secondaire, derrière celle de pays jadis absents (Allemagne, Chine, Inde…).

Ne subsistent plus, d’ailleurs très attaqués, que les services publics comme le téléphone, les transports ou l’eau, ainsi que de moins en moins de BTP concurrencés fortement par les Chinois.

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TAGS: AFRIQUE, Elections, France, Jeudi 26 avril 2018, Le Magazine de L'afrique, Mardi 18 juin 2018, Par Christian d'Alayer, POLITIQUE
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