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[Le Magazine de L'afrique] Maroc : Les élites perdent pied face à la grogne sociale

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Les protestations dans les régions, suivies d’un mouvement de boycott national, cible les entreprises jugées en position dominante. La contestation a mué, elle se ramifie sans qu’aucun acteur politique ne sache y répondre.

Rabat, Olivier Deau

Le parallélisme des formes est frappant. Quand Al-Hoceïma s’embrase, en octobre 2016, les délégations ministérielles se succèdent au chevet de la ville rifaine pour éteindre l’incendie social. Rien n’y fait, le mouvement se durcit, exigeant des services publics une meilleure qualité, exacerbant les tensions locales, mobilisant la communauté autour d’un bras de fer contre l’État.

Puis, lorsque les ministres se sont résolus à l’impasse, les forces de sécurité ont lentement cadenassé la ville, ont limité les déplacements de journalistes internationaux pour éviter que cette protestation ne nuise à l’image du Maroc à l’étranger. Sous la ville rifaine, les braises sont encore chaudes. Une trentaine de leaders du mouvement ont été condamnés en juin dernier, à des peines de trois à vingt ans de prison ferme. Parmi les chefs d’accusation les plus lourds, figure celui d’«atteinte à la sûreté de l’État».

Les habitants ont encaissé le coup, exigé la libération de «détenus politiques» et ont ajouté cette réponse sévère de l’État marocain à la longue liste des meurtrissures de la région depuis l’Indépendance, meurtrissures qui creusent un fossé symbolique que les promoteurs de la réconciliation et du dialogue ont de plus en plus de mal à combler.

Puis, ce fut autour de Jerada, ville minière, productrice de charbon, berceau syndical et politique puissant, abandonnée à la fin des années 1990 sans plan de reconversion économique, de faire connaître sa souffrance au pays. Depuis des années déjà, ses mineurs, souvent très jeunes, exploitent des veines de lignite, trop peu boisées, pour la revente sur le marché informel.

Depuis des années, des drames se succèdent mais lorsque deux jeunes frères périssent dans ses entrailles charbonnières, fin 2017, la petite ville moyenne organise des manifestations d’ampleur. La presse nationale enquête, on pointe du doigt « les barons du charbon », les quelques notables, devenus élus politiques, détenant les permis d’exploitation qui rachètent le charbon informel à bas prix et profitent de la rente.

Une nouvelle fois, les ministres viennent, voient, dialoguent avec quelques associations et responsables… puis repartent ! Quelques semaines après les forces de l’ordre seront chargées de contenir ces manifestations qui ne semblent pas s’étioler, et des leaders sont arrêtés.

Opposants et protestataires

La manifestation de rue s’est « normalisée » depuis quelques années, permettant à des acteurs politiques de compenser dans la rue leur marginalisation politique, que ce soient les islamistes de Adl-wa Ihsane (Justice et Bienfaisance), une association « tolérée » ou les groupuscules de gauche tel Annahj Addemocrati, un parti politique boycottant les élections.

« Dès le début des années 1990, ces partis antisystèmes sortaient dans la rue au moment des manifestations contre la guerre en Irak », rappelle un observateur politique ; « ils sont sortis aussi au moment du Printemps arabe et participent à toutes les manifestations d’ampleur qui peuvent mettre la pression sur le gouvernement, même si elles sont portées par d’autres. »

Pour le pouvoir marocain, il n’est pas simple d’engager le dialogue et de trier opposants politiques « idéologiques » et protestataires. Traiter les revendications de manière sectorielle reste le premier réflexe.

Le boycott économique, arme de la classe moyenne

Au plus fort du « Printemps arabe » les tractations avec les diplômés-chômeurs ont été menées pour embaucher plusieurs milliers d’entre eux dans la fonction publique et éviter qu’ils ne grossissent le flot des manifestants.

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TAGS: Le Magazine de L'afrique, Maghreb, Maroc, Mercredi 08 septembre 2018, Mouvements sociaux, Par Olivier Deau, Rabat
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