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[Le Magazine de L'afrique] Libye : L’ONU prise à son propre piège

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Il y a un an, notre journaliste Mathieu Galtier constatait qu’en Libye «L’ONU» a été «prise à son propre piège ». Un an après, le constat est alarmant. Voici ce que Galtier écrivait le 13 mai 2018… 

La communauté internationale pousse à des élections pour rebattre les cartes et stabiliser la Libye. Mais les principaux gagnants de cette stratégie, Saïf el-Islam, Khalifa Haftar, monarchistes, sont justement les plus farouches opposants au plan de l’ONU.

Tripoli, Mathieu Galtier

Cette fois, Hassen Messaoud avait voulu croire dans la volonté de la communauté internationale d’apporter la paix. Membre de la tribu noire des Tawargha, dont la ville a été détruite à la fin de la révolution par les brigades de la puissante cité voisine, Misrata, l’homme de 45 ans a pris, le 1er février, la route du retour tant attendu, sûr que l’ONU le protégerait, lui et les siens.

Devant cet impossible choix, la mouvance monarchiste, active quoique minoritaire, tente d’émerger comme une solution alternative auprès de la communauté internationale.

Depuis sept ans, Hassen Messaoud, sa femme et ses deux enfants étaient en « exil » comme les quelque 25 000 autres Tawarghas. Il avait installé sa famille à Tripoli, où ils vivaient d’expédients. Ce départ devait être une renaissance, mais les brigades armées de Misrata ont arrêté le convoi à 40 km de la terre promise, obligeant les déplacés à monter un campement au milieu du désert. Pour les révolutionnaires jusqu’au-boutistes, les quelque 25 000 Tawarghas restent perçus comme des Kadhafistes, qui n’ont pas hésité en 2011 à piller leur ville et violer.

La mission des Nations unies en Libye (Unsmil) a donc échoué dans son rôle de médiateur entre le gouvernement d’Union nationale (GUN), les représentants de Tawargha et ceux de Misrata. Pourtant, en début d’année, le GUN avait promis que les Tawargha pourraient rentrer chez eux, ce 1er février… « Il n’y a rien à faire ici. Je vais chercher de l’eau au puits à 20 km d’ici, c’est tout. Il n’y a pas de transport pour aller travailler. Nous avons tout perdu malgré les promesses de la communauté internationale », souffle Hassen Messaoud.

Quand on évoque la tenue d’élections référendaires, législatives, locales et présidentielles à venir, le père de famille ne veut pas en parler ; « voter ne m’intéresse pas, je veux vivre », répond-il, ne mettant plus une once d’espoir dans ce que pourra dire ou faire l’ONU à l’avenir, comme des milliers de Libyens qui assistent depuis 2011 à l’échec de toutes les initiatives soutenues par les Nations unies.

Les Kadhafi de retour par les urnes ?

À Bani Walid, à 180 km au sud-est de Tripoli, les habitants, eux, sont prêts à aller voter. Les affiches en 4×4 appelant à s’inscrire sur les listes électorales sont visibles.

Les associations ayant pignon sur rue ont de nombreux flyers qu’ils distribuent. « Les habitants de Bani Walid vont participer aux élections massivement pour faire en sorte que le pays sorte de l’impasse », assure Abdulhamid al-Shandoli, doyen de l’université de la ville et porte-parole du conseil des Warfalla, la principale tribu de la région. Dans ce bastion kadhafiste, le drapeau vert, couleur de l’ancienne Jamahiriya, est visible, contrairement au drapeau tricolore monarchiste remis au goût du jour par les révolutionnaires.

Après sept années à se sentir marginalisée, la cité bédouine est prête à relever la tête grâce à la communauté internationale, qui pourrait s’en mordre les doigts. Nommé à la tête de l’Unsmil, Ghassan Salamé a favorisé le retour des kadhafistes dans le jeu pour mener à bien une réconciliation nationale indispensable. Pour Mohamed Ben Lamma, collaborateur à la Fondation pour la recherche stratégique et originaire de Bani Walid, le résultat ne fait aucun doute : « Dans la ville, beaucoup se sont enregistrés sur les listes électorales contrairement à 2012 et 2014. Ils voteront Saif el-Islam, non pas parce qu’ils croient forcément en lui, mais parce qu’il représente l’héritier d’un régime stable».

Dans les rues de la ville qui portent encore largement les stigmates des bombardements de l’OTAN en 2011, on s’amuse à imaginer Saif el- Islam, recherché par la CPI (Cour pénale internationale) pour crimes contre l’humanité, accueillir en chef d’État ses homologues français, britannique ou américain, les fers de lance de la coalition qui ont renversé le Guide.

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TAGS: 12 mai 2018, Antonio Guterres, Le Magazine de L'afrique, Libye, Maghreb, Mathieu Galtier, Nos archives parlent..., POLITIQUE, Samedi 12 mai 2018
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