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[Le Magazine de L'afrique] Libye : Haftar étend son emprise

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Khalifa Haftar, qui contrôle l’est de la Libye, a fait main basse sur le Sud. Une simple étape dans sa conquête de Tripoli. Une conquête en douceur accueillie favorablement par la population lassée d’être reléguée au second plan. 

Tripoli, Mathieu Galtier 

À Sebha, les habitants peuvent à nouveau faire leurs courses sans risque de subir l’explosion d’un mortier au marché. Le danger est ailleurs, dans celui de se faire racketter en sortant de la banque après avoir récupéré les quelques centaines de dinars alloués par l’établissement financier pour le mois à venir.

Un « progrès » que les résidents de la capitale du Fezzan, la région sud de la Libye, attribuent à un homme, Khalifa Haftar. Depuis l’offensive lancée le 13 janvier par son « Armée nationale arabe libyenne » (LNA), le militaire de 75 ans, qui contrôle déjà une large partie de l’est du pays, la Cyrénaïque, étend son influence au sud, largement désertique.

Qu’importe, pour la population, que le Fezzan ne constitue qu’un relais pour l’ancien putschiste au côté de Khadafi. « Le Fezzan n’est pas la priorité d’Haftar. Il ne s’agit que d’un outil pour conquérir le pouvoir. Les habitants le savent mais ils s’en moquent. Ils considèrent qu’Haftar a déjà fait plus pour eux en quelques mois que le GNA en cinq ans », note un membre actif de l’ONG Fezzan Libya Organisation oeuvrant pour défendre les droits de la région qui préfère néanmoins garder l’anonymat par sécurité.

Depuis le début de l’année, l’électricité et l’eau sont revenues quasiment à la normale à Sebha, et le litre d’essence est de nouveau à 15 centimes de dinar contre 8 dinars au pire des combats entre ethnies et tribus de la région. 

Attaque surprise 
Khalifa Haftar a lancé, le 5 avril, une offensive militaire depuis le Sud pour s’emparer de la capitale libyenne. Après avoir rapidement atteint les faubourgs de Tripoli, son autoproclamée « Armée nationale arabe libyenne » (LNA) a subi plusieurs coups d’arrêts. La faute à une stratégie du tout militaire. En attaquant si soudainement, Haftar a surpris jusqu’à ses alliées dans la région. Ainsi les groupes armés de Zawya, à l’ouest de la capitale, au côté de la LNA dans la lutte contre le Gouvernement d’union nationale de Tripoli, se sont retournés contre les troupes de l’homme fort de Cyrénaïque, mécontents de ne pas avoir été avertis. Ce ralentissement a permis aux forces adverses de s’organiser. 
La puissante ville de Misrata a pu dépêcher une centaine de ses brigades pour protéger la capitale. Le Premier ministre, Faez Serraj, a ordonné des attaques aériennes contre les attaquants. La contre-offensive baptisée « Volcan de la colère » pourrait ressouder la région tripolitaine autour de sa ville emblème. Or, pour réussir son pari, Haftar a besoin d’une victoire rapide alors que les combats s’enlisent. Ces parrains étrangers commencent à sentir le vent tourner et prendre leur distance. Longtemps réticente, la France, via un communiqué de l’Union européenne, s’est finalement résolue a appelé nommément la LNA à se retirer de Tripoli. Paris a néanmoins réussi à condamner dans cette même déclaration « toutes les forces qui sont arrivées à Tripoli », incluant donc les brigades de Misrata. Si jamais Haftar réussit finalement son coup de force. Seuls l’Égypte, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis font bloc autour de leur poulain.

Khalifa Haftar a d’ailleurs habilement joué de ses combats de basse intensité qui règnent dans le Fezzan depuis 2011 pour s’imposer sans combattre ou presque.

Comme lors de sa conquête du croissant pétrolier, Khalifa Haftar a passé des accords avec les plus importants groupes armés locaux. En échange d’une allégeance à la LNA et de l’arrêt des hostilités, ces derniers demeurent en place et sont même rétribués grâce à l’argent de la banque centrale parallèle installée en Cyrénaïque riche des dinars imprimés en Russie.

Cet argent lui permet même d’approvisionner les établissements financiers locaux à la plus grande joie des habitants qui peuvent ainsi accéder à leur salaire. Une stratégie d’entente d’autant plus facile à obtenir que le Gouvernement d’union national (GNA) basé à Tripoli, n’a jamais jugé important de développer la région.

« Le succès retentissant d’Haftar dans le Sud a été rendu possible grâce à la longue négligence de la région par le GNA. Au milieu d’une insécurité omniprésente et d’une fermeture généralisée des services publics, les habitants ont accueilli avec enthousiasme sa promesse de rétablir l’ordre », analyse Wolfram Lacher, spécialiste de la Libye au centre d’analyses allemand SWP. 

Contrôler le pétrole 

La révolution de 2011 n’a pas mis fin au sentiment ressenti par les gens du Fezzan d’être considéré comme des citoyens de seconde zone. Les nouveaux maîtres du pays ont perpétué la même politique que Khadafi, jouer des dissensions entre les tribus et les ethnies. Toubous et Touaregs, les deux ethnies non arabes du Fezzan, ont constamment dénoncé la discrimination à laquelle ils font face vis-à-vis des Arabes. 

Khalifa Haftar n’est, cependant, pas arrivé pour rétablir la concorde et l’égalité. Le nom même de son groupe, « Armée nationale arabe libyenne », attise la fureur des Toubous, d’autant plus que l’ancien général de Kadhafi n’hésite pas à qualifier les combattants de cette ethnie de « mercenaires tchadiens ».

Président du conseil national des Toubous, Adam Kerki ne se fait pas d’illusion : « Haftar est un Arabe, il ne fera jamais rien pour les Toubous. » Cette opposition touboue au Fezzan n’est cependant pas de nature à inquiéter le maréchal.

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TAGS: crise, Khalifa Haftar, Le Magazine de L'afrique, Libye, Maghreb, Mathieu Galtier, POLITIQUE, Tripoli
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