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[Le Magazine de L'afrique] Le dialogue après le « coup KO »

Le dialogue après le « coup KO »
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Après avoir remporté un second mandat, Macky Sall appelle ses opposants au dialogue. Il faudra recréer un climat de confiance après sept ans de méfiance réciproque et de confrontations. L’opposition attend des actes concrets. 

Dakar, Seydou Ka 

Après le « coup KO », le coup de poker. Réélu pour un second mandat de cinq ans, ce dès le premier tour, Macky Sall n’a pas tardé à reprendre l’initiative politique.

Dans sa première déclaration, quelques heures seulement après la publication définitive des résultats de la présidentielle du 24 février, le président sénégalais, au pouvoir depuis 2012, a lancé un appel au dialogue à ses anciens adversaires. Appel réitéré lors de sa prestation de serment, le 2 avril. De son côté, l’opposition attend d’être officiellement saisie avant de prendre une position ferme. 

Intransigeance contre politique de la chaise vide. La période écoulée a semblé un dialogue de sourds : tandis que l’opposition reproche au Président de chercher le passage en force, le pouvoir dénonce une opposition fondée sur le déni et l’invective. 

Bien sûr, ce n’est pas la première fois qu’un Président appelle ses opposants au dialogue. Depuis 1960, de Léopold Sédar Senghor à Macky Sall, en passant par Abdou Diouf et Abdoulaye Wade, tous ont usé de la même ficelle, avec des fortunes diverses. « Je crois que le seul dialogue qui ait vraiment réussi, c’était sous Abdou Diouf autour du Code électoral, lorsque le Président, las de la confrontation interminable avec Abdoulaye Wade, l’invite au palais de la République pour qu’ils se rencontrent et se parlent », se souvient l’analyste politique Mame Less Camara.

Le palabre est justement ce qui fait la particularité de la démocratie sénégalaise. Pour sa part, Macky Sall est allé jusqu’à consacrer une Journée du Dialogue national (le 28 mai) dans le calendrier républicain. Paradoxalement, l’absence de consensus n’a jamais été aussi grande, avec l’opposition représentative, que sous son premier mandat. Au point que l’historien sénégalais Abdoulaye Bathily a parlé de « sécheresse démocratique », durant ces sept dernières années. 

Fermer la page électorale 

On peut dresser plusieurs lectures de cet appel au dialogue. D’abord, la fermeture de la page électorale, une séquence marquée de contentieux et frustrations dans le camp de l’opposition qui refuse de reconnaître sa défaite, sans pour autant contester les résultats devant la justice.

Les anciens présidents Abdou Diouf (1981- 2000) et Abdoulaye Wade (2000-2012),

« L’appel relève de l’ordre démocratique. La séquence de la compétition démocratique doit nécessairement être suivie d’un appel à la cohésion nationale et d’un engagement du Président élu à être le Président de tous les Sénégalais », analyse l’historien Mamadou Diouf, enseignant à l’université de Columbia (États-Unis). Qui précise toutefois que ce dialogue doit « rejeter radicalement la cooptation et la transhumance » et préserver les frontières partisanes et assurer un fonctionnement et un gouvernement démocratiques de la vie publique.

L’objectif est simple : « Sortir de la logique de la confrontation continue du vainqueur qui accapare tout et écrase les vaincus qui, à leur tour, ne songent qu’à mettre le feu au pays ». Voilà le noeud du problème. Pour obtenir un deuxième mandat, Macky Sall a fait « feu de tout bois », déroulant un travail systématique, administratif, politique, économique, culturel et social pour réunir les conditions d’une victoire au premier tour. « Il est resté, comme en 2012, le candidat reconnaissable qui a un agenda qu’il déroule sans accroc », note Mamadou Diouf. 

C’est précisément cette « marche forcée » vers un deuxième mandat, accompagnée d’un écrasement des adversaires politiques et d’un agenda imposé, qui a laissé une grande amertume dans l’opposition. Dans l’impossibilité de contester les résultats sortis des urnes, car ses PV ont été signés par ses représentants, l’opposition reproche à Macky Sall, non pas d’avoir tripatouillé les résultats, mais d’avoir créé les conditions d’« une victoire technique » dès le premier tour.

C’est pourquoi la méfiance, pour ne pas dire le « déni », reste tenace, même si l’opposition ne rejette pas catégoriquement cette main tendue. Arrivé troisième, avec 15,67 % des suffrages, Ousmane Sonko, seul parmi les quatre candidats vaincus à se prononcer publiquement sur la question, a jugé personnellement qu’il n’y a « ni pertinence ni urgence à dialoguer » avec Macky Sall.

Au même moment, certains membres de sa coalition se sont dits favorables à un dialogue, à condition qu’il soit sincère et portant sur des sujets d’intérêt national. Le Parti de l’unité et du rassemblement (PUR) du candidat Issa Sall arrivé quatrième, a aussi prononcé une déclaration en ce sens. 

Une approche formaliste du dialogue 

Pour Mame Less Camara, le problème du président Macky Sall avec le dialogue, c’est qu’il ne fait de concession sur rien : « Il donne l’impression d’avoir une approche un peu formaliste du dialogue politique. Sa conception du pouvoir, c’est un pouvoir fort. Le pouvoir a raison et le dialogue est le moment de confirmer cette posture de vainqueur. » L’analyste, qui n’est pas le seul à dresser ce constat, invite le pouvoir à créer « un climat de sérénité et de confiance ». 

De son côté, Alioune Tine, ancien directeur d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest, évoque un septennat (2012-2019) marqué par « l’absence de dialogue politique sur les sujets d’ordre national, le dissensus, les divergences profondes, voire les violences, à l’image de toutes les étapes du processus électoral ».

En fait, l’appel au dialogue a été une constance de la présidence Macky Sall… qui n’a jamais semblé être prêt aux concessions ! Les affaires (Karim Wade et Khalifa Sall) sont venues alourdir ce climat de méfiance. À son tour, l’opposition a systématiquement pratiqué la politique de la chaise vide, laissant le président dérouler son agenda politique, quitte à en subir les conséquences.

Sachant qu’il faut aussi être deux pour dialoguer. Après sept ans de méfiance réciproque, les deux camps – qui ont même décliné l’idée d’un débat entre candidats durant la campagne – savent très bien qu’à la guerre comme en amour il faut en venir au contact.

« Sur divers points, précis, nous n’avons pas été d’accord, mais si entre les forces politiques il y a un désaccord, en dernière analyse l’arbitrage revient au chef de l’État », explique Elhadji Hamidou Kassé, ministre conseiller en Communication de Macky Sall.

Changement de statut géopolitique 

On peut dire que la période a tourné au dialogue de sourds : tandis que l’opposition reproche au pouvoir de saper le consensus démocratique par le passage en force (loi sur le parrainage), le pouvoir, de son côté, dénonce « une manière de s’opposer fondée sur le déni et l’invective ». Dans tous les cas, aujourd’hui, le Sénégal a changé de statut géopolitique, économique et social avec le gaz et le pétrole.

Ce qui rend beaucoup plus nécessaire un climat social apaisé, avec des règles démocratiques acceptées de tous. L’autre enjeu, c’est le PSE (Plan Sénégal émergent). Pour continuer sur la rampe de l’émergence, Macky Sall qui, « en principe », entame son dernier mandat, d’après la Constitution, a besoin de stabilité pour laisser sa trace dans l’histoire. 

Reste à savoir sur quoi dialoguer. Deux propositions semblent se dégager : définir le statut du chef de l’opposition dont le dialogue national est « le préalable », selon Aymérou Gningue, chef de file de la coalition présidentielle à l’Assemblée nationale, et voir comment améliorer le processus électoral.

Enfin, il y a l’équation Abdoulaye Wade. Après avoir menacé d’empêcher la tenue du scrutin, avant de se raviser et de s’emmurer dans le silence, « Gorgui » comme on l’appelle, reste une variable non déchiffrable pour le moment. Macky Sall l’a invité avec son prédécesseur, Abdou Diouf, à jouer un rôle de facilitation dans ce dialogue.

Ces derniers ont « un grand rôle de légitimation et de garant dans le dialogue », estime Ousmane Tanor Dieng, secrétaire général du Parti socialiste, membre de la coalition présidentielle. Encore faudrait-il qu’ils (surtout Wade) puissent sortir des périmètres partisans et deviennent des intercesseurs au service du bien commun et de la paix sociale, observe Mamadou Diouf.

Sachant qu’il faut aussi être deux pour dialoguer. Après sept ans de méfiance réciproque, les deux camps – qui ont même décliné l’idée d’un débat entre candidats durant la campagne – savent très bien qu’à la guerre comme en amour il faut en venir au contact !

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TAGS: Afrique de l'Ouest, Dakar, Dialogue, Le Magazine de L'afrique, Macky Sall, POLITIQUE
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