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[Le Magazine de L'afrique] La Pologne en Afrique, des ambitions contrariées

Microfinance: les ambitions de la faitière des caisses populaires

Riche de ses relations passées avec nombre de pays africains, la Pologne a lancé plusieurs initiatives pour accroître la part de l’Afrique dans ses exportations. Les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes.

Par Szymon Jagiello

Alors que toutes les attentions se portent sur l’arrivée des géants en Afrique, Chine en tête, la relation de pays aux poids économiques plus modestes, tels que la Pologne, passent, elles, sous le radar des spécialistes. Pourtant, la présence de la Pologne sur le continent n’est pas récente.

Déjà, du temps de la guerre froide, ce pays d’Europe centrale a entretenu des relations notables avec des partenaires africains, tant dans les domaines de l’éducation et de la culture, que dans la coopération économique.

Les exportations de la Pologne vers l’Afrique ont stagné après 2017, à 2,27 milliards $, soit une part de 1,54 % dans les exportations totales ; bien loin donc des 3 % espérés.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Entre 1962 et 1989, « ses échanges avec l’Afrique sont passés de 31,7 à 384 millions de dollars, avec un pic allant jusqu’à 470 millions $ en 1976, » rappellent les estimations de l’Observatoire de la complexité économique du MIT (Massachusetts Institute of Technology-MIT).

Une relation commerciale qui continua de progresser, malgré l’effondrement des régimes communistes qui réduisit l’offensive diplomatique des pays de l’Est en direction du continent africain.

En effet, les exportations de la Pologne vers l’Afrique ont plus que décuplé, pour atteindre 568 millions $ en 2004, année de l’entrée du pays au sein de l’Union européenne.

Durant cette période, quelques entreprises ont su habilement tirer leur épingle du jeu, à l’instar de Navimor. Au cours des vingt années qui ont suivi la chute du mur de Berlin, le constructeur naval a remporté plusieurs contrats importants, comme au Nigeria où il a construit un complexe maritime de 100 millions $ en 1998.

En Angola aussi, Navimor a conçu une grande académie navale avec la bénédiction du gouvernement de Luanda, dont une dette de 156 millions $ venait d’être effacée à 60 % par le gouvernement polonais, quelques mois plus tôt.

Autant d’illustrations qui attestent d’une montée progressive à l’image de Asseco (nouvelles technologies) au Nigeria. La société est représentée au Conseil des investisseurs polonais pour l’Afrique ; l’institution, crée en 2004, regroupe aujourd’hui dix entreprises considérées parmi les plus importantes de Pologne.

Tout comme ces poids lourds, d’autres sociétés ont emboîté leur pas, et l’on dénombra « 3 105 entreprises polonaises opérant en 2014 sur le continent dans des domaines aussi variés que l’agriculture (Mokate), l’industrie (Ursus), la construction (Izodom), les mines (Kopex), la Défense (Lucznik) et les TIC avec Asseco », explique Damian Wnukowski.

Résultat, un bond considérable des échanges polono-africains de 26 % entre 2012 et 2014, soit de 2,86 à 3,61 milliards $, avec l’expansion de firmes polonaises telles Ursus qui a remporté des contrats en Éthiopie (90 millions $) et en Zambie (100 millions $).

L’élan a été vite ralenti : en Pologne, les élections législatives de 2015 ont amené un nouveau parti au pouvoir contribuant à ce que « l’échelle d’actions de la diplomatie économique au sein du ministère des Affaires étrangères soit limitée et que son activité soit redirigée vers des partenaires plus traditionnels tels que l’Union européenne et les États-Unis », indique Malgorzata Bonikowska, coauteur du programme GO Africa.

En quête d’un nouveau souffle

Dès lors, les exportations de la Pologne vers l’Afrique ont stagné après 2017, à 2,27 milliards $, soit une part de 1,54 % dans les exportations totales ; bien loin donc des 3 % espérés. « Un ralentissement dû également à d’autres facteurs, tant exogènes, qu’endogènes », ajoute Philip Mibenge, président de la Chambre de commerce et de l’industrie

africano-polonaise. La crise des matières premières sur le continent « a entraîné une chute des rentrées de devises et poussé plusieurs gouvernements africains à lancer des politiques pour s’approprier une plus grande maîtrise de leurs matières premières, conduisant ainsi une réduction des demandes d’importation ».

Côté polonais, « la forte croissance du marché intérieur et le manque de volonté politique n’ont pas incité non plus les entreprises à chercher des relais de croissance hors de l’Europe », admet l’homme d’affaires polonocongolais.

À moins, qu’entre autres, un changement de gouvernement n’advienne lors des élections à venir et qu’une diminution de l’activité économique ne survienne, le poids des échanges commerciaux polonais avec l’Afrique risqueront de ressembler à ceux qu’il entretient avec la Lituanie, un pays d’à peine 2,8 millions d’âmes.

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