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[Le Magazine de L'afrique] Ils font bouger le Burkina Faso

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Pour la plupart, les personnalités qui forgent le Burkina Faso sont parties de peu et ont construit un empire dans leur domaine. Des BTP aux nouvelles technologies en passant par la finance, elles apportent emplois et une vision industrielle porteuse d’avenir.

Par Rodrigue Arnaud Tagnan & Tiego Tiemtoré

Mahamadi Savadogo, le « Kadhafi » national

À la tête d’un vaste empire financier au Burkina Faso, Mahamadi Savadogo, est réputé proche de Salif Diallo, défunt président du parlement burkinabè et considéré comme l’éminence grise du régime Kaboré. Le groupe SMAF (Savadogo Mahamadi et frères) qu’il dirige est très actif dans les secteurs clés de l’économie burkinabè. À savoir le commerce, le BTP, l’immobilier, le transport et surtout les hydrocarbures dont la société Pétrolière du Faso (Petrofa) représente, à elle seule près de 60 millions d’euros de chiffre d’affaires. « Cela en dit long sur son influence économique », commente un proche du président Kaboré.

Faisant partie des pionniers du secteur privé burkinabè, le groupe SMAF, créé en 1983, a réussi à s’étendre dans les pays voisins : Côte d’Ivoire, Togo, Niger et Mali. Né en 1964 à Ouahigouya, ville de la région Nord d’où sont originaires les Yadsés, un sous-groupe de l’ethnie mossi (majoritaire) et très porté sur le commerce, celui que l’on surnomme « Kadhafi », en raison de sa scolarité passée en Libye entre 1978 et 1982, a pris, en novembre 2016, les rênes de la Chambre de commerce et d’industrie du Burkina Faso (CCI-BF) en s’appuyant sur un solide réseau de chefs d’entreprise, l’Alliance pour le renou­veau consulaire -ARC. Parlant couramment anglais et arabe, «Kadhafi» a bâti son vaste empire financier grâce à ses nombreux voyages d’affaires en Asie du Sud-est et dans le Golfe.

Henriette Kaboré, l’exception à la règle

En deux décennies d’activité, Henriette Kaboré s’est imposée au Burkina Faso comme une référence dans le BTP, secteur largement dominé par les hommes. À l’actif de cette sexagénaire : le siège de l’Office national de l’eau et de l’assainissement (ONEA), jouxtant la banlieue ouest de Ouagadougou ; le siège de la Banque centrale du Burkina (BCB) sur Kwamé N’Krumah, la plus belle avenue de la capitale burkinabè ; deux des plus grands amphithéâtres de l’université de Ouaga­dougou et le campus scolaire de Cocody à Abidjan. C’est du reste en Côte d’Ivoire que la native de Bobo-Dioulasso a fait ses premières armes dans le BTP. Elle y crée en 1970 la société BTM [Bâtiment-travaux publics-maintenance], avant d’étendre ses activités, 26 ans plus tard, dans son pays d’origine. Actrice économique incontournable, membre du Club des hommes d’affaires franco-burki­nabè, la baronne de BTM a été sacrée médaille d’or par la Fondation pour l’excellence dans la pratique des affaires en 2004. En 2016, elle a été proclamée « best of the best » dans le BTP parmi les 23 Africaines en liste lors du programme d’excellence des femmes leaders de l’agence CEO.

Mamounata Velegda, la self-made-woman

Patronne du groupe Velegda, leader burki­nabè de l’agrobusiness, Mamounata Velegda est de cette catégorie d’hommes et de femmes d’affaires illettrés qui se sont frayé un chemin, au Burkina Faso, grâce à leur goût prononcé pour le négoce local. Pourtant à ses débuts en 1980, rien n’indiquait qu’elle aurait cette promet­teuse carrière de chef d’entreprise. « J’ai débuté comme vendeuse de galette avec un capital de 300 F.CFA [45 centimes d’euros] », se plaît-elle à rappeler. Aujourd’hui, son groupe, dont le chiffre d’affaires annuel avoisine les 30 millions d’euros, emploie une trentaine de permanents et près de 500 travailleurs à temps partiel. On comprend donc pourquoi à la Table filière karité, cadre de concertation des différents maillons de la chaîne de transformation de ce produit oléagineux qui constitue l’essentiel de son activité commer­ciale, les femmes ne tarissent pas d’éloges à son endroit. Au fil des années, la self-made-woman, dont le credo est « la foi en ce j’entreprends », s’est construite une solide réputation au-delà des frontières du Burkina Faso, en développant des relations commer­ciales avec de nombreux partenaires européens et asiatiques. Toujours ambitieuse, la sexagé­naire veut profiter des possibilités que lui offre le pôle agro-industriel de Bagré pour monter une usine de transformation des produits agricoles locaux. Pour ses succès dans les affaires, la PDG du groupe Velegda a reçu le prix de la Meilleure promotrice africaine de l’agrobusiness 2017.

Elie Ouédraogo, l’homme des mines

Fondateur de la Chambre des mines du Burkina Faso, directeur général de Semafo- Burkina depuis 2007, cet ancien ministre des Mines et de l’énergie (1995-2000), est une personnalité de premier plan, dans l’industrie extractive du pays. Elie Ouédraogo intègre le secteur minier dès 1983 en qualité d’attaché à la Société de recherche et d’exploitation minière du Burkina (Soremib) qui exploite la mine d’or de Poura, dont il deviendra le directeur général de 1990 à 1995. C’est sous son mandat de ministre qu’ont été adoptés, la première déclaration de politique minière (1996) et le premier Code minier, en 1997.

Après son intermède gouvernemental, il occupera successivement les postes de direc­teur exécutif du nouveau Centre burkinabè d’analyse des politiques économiques et sociales (Capes), d’administrateur provisoire de l’Institut de formation et de recherche démographique du Cameroun (Iford).

À la recherche de l’oiseau rare pour sa représentation burkinabé, le groupe canadien Semafo porte, en 2007, son dévolu sur cet homme, dont les collaborateurs saluent « l’abnégation, le sens de l’anticipation et des relations humaines ». Semafo exploite actuelle­ment les gisements aurifères de Mana (Ouest) et de Bongou (Est).

En 2017, Elie Ouédraogo a réussi le challenge de signer une convention avec le gouvernement pour Bongou qui devra générer des recettes estimées à 166 milliards de F.CFA pour l’État. Convaincu que le Burkina Faso peut grandement tirer profit des énergies renouvelables, Elie Ouédraogo a engagé Semafo dans un partenariat avec le gouverne­ment pour la mise en oeuvre du projet solaire Windiga, d’un coût de 38 millions d’euros.

Appolinaire Compaoré formé sur le tas

Patron du groupe Planor Afrique, lauréat du prix panafricain de développement 2013 (Padev), parrain de la quatrième édition de la Foire africaine de Paris en juin 2015, élu « Meilleur promoteur africain de l’inves­tissement privé 2013-2014 », par le groupe Safamcom, Apollinaire Compaoré est un chef d’entreprise dynamique et visionnaire.

Candidat malheureux à la présidence de la Chambre de commerce et d’industrie, celui qui se présente comme un diplômé de « l’école de la vie » espère prendre la tête du patronat burkinabé. Présent dans les secteurs des banques, assurances, des hydrocarbures, des télécom­munications, il vient de lancer une nouvelle société de téléphonie mobile au Mali, Atef S.A et a déjà obtenu le feu vert de la Bceao pour une nouvelle banque au Burkina Faso, Wend Kuuni Bank. Planor Afrique, créé en 2004, est très diversifié : le négoce (tabac, produits de grande consommation, cycles et cyclomoteurs, pneuma­tiques), la distribution de produits pétroliers, la finance (banques, assurances et établissement de crédit), le transport ferroviaire (location de wagons), la téléphonie mobile, l’hôtellerie, etc.

Quasi-incontournable dans plusieurs secteurs économiques du Burkina Faso, ce sexagénaire qui a aussi des affaires dans plusieurs pays de la sous-région, ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. La succes story de Timpiga Apollinaire Compaoré débute par la vente de billets de loterie, avant qu’il ne fonde, à la fin des années 1970, Volta Moto, pour la commercialisation des deux roues, le moyen de transport le plus utilisé du pays.

Mahamoudou Bonkoungou, le ténor du BTP

Du Burkina Faso au Bénin, en passant par la Côte d’Ivoire, la Guinée et le Togo, le patron d’Ebomaf (Entreprise Bonkoungou Mahamadou et fils) fait son nid dans le secteur du BTP ouest-africain. Son imposante silhouette est devenue familière sur les chantiers dans les pays voisins de son Burkina Faso natal et son étoile ne fait que briller davantage.

Passés les premiers contrats au niveau national, son entre­gent et la qualité des prestations de son entreprise lui ont ouvert les portes du marché sous-régional. Bonkoungou s’appuie sur Techno firmes, son entreprise basée à Madrid en Espagne, pour la réalisation d’infrastructures. Disposant déjà d’une compagnie aérienne d’affaires, Liza Transport International (LTI), spécia­lisée dans les voyages d’affaires, d’une chaîne hôtelière Zind- Naba, Mahamoudou Bonkoungou ambitionne de se lancer dans l’industrie agroalimentaire. Il a été choisi par le gouvernement, fin 2017, pour exécuter l’un des plus gros contrats du pays, la construction du boulevard périphérique de la ville de Ouagadougou. Longue de 125 km, la voie va coûter 181 milliards de F.CFA ; elle sera construite en quatre ans et devrait permettre de fluidifier le trafic dans la capitale, forte d’environ trois millions d’habitants. Le remboursement de ce projet va s’étaler sur douze ans à partir de 2020.

Mamady Sanoh, le fidèle du prince

Proche collaborateur de l’Aga Khan IV, guide spirituel de la communauté ismaé­lienne, Mamady Sanoh est le coordonnateur du groupe Industrial Promotion Services (IPS) West Africa au Burkina Faso. Ce réseau de sociétés industrielles et commer­ciales créé en 1965 par le prince milliardaire emploie près de 6 000 personnes à travers une dizaine de sociétés en Afrique de l’Ouest. Au Burkina Faso, IPS-WA possède quatre sociétés : Air Burkina (revendue depuis, pour un franc symbolique, à l’État), Faso Coton (textile), Faso Plast (plastique) et la Nouvelle société sucrière de la Comoé (SN SOSUCO) dont le chiffre d’affaires cumulé tournait autour de 95 millions d’euros en 2014. Venant d’une famille de négociants de l’ouest du Burkina Faso, Mamady Sanoh connaît une ascension fulgurante dans les affaires grâce à sa rencontre avec le Prince Karim Al-Hussaini, 49e iman des Ismaéliens, à la fin des années 1980. Haut fonctionnaire de l’État, ce diplômé de l’ESSEC à Cergy se met au service du Prince. Il lui revient la tâche de développer les activités d’IPS-WA dans son pays. À l’époque des Plans d’ajustements structurels, des opportunités d’investissement s’offrent au secteur privé. Profitant de la vague de privatisations des entreprises publiques, il permet à l’Aga Khan d’investir dans des secteurs clés en rachetant opportunément des entreprises étatiques. S’il préfère évoluer dans le business, l’homme d’affaires burkinabè ne possède pas moins, à ce qui se dit, un carnet d’adresses bien étoffé dans le milieu politique.

Lassiné Diawara, l’homme de Bolloré

C’est sans doute l’homme d’affaires burki­nabè le plus influent. Surnommé l’homme des « cent affaires » et des « mille lieux », Lassiné Diawara est un touche-à-tout, évoluant dans divers secteurs structurés de l’économie natio­nale : industrie, agriculture, foncier, banque… Né en 1949 dans une riche famille malinké, ethnie de l’ouest burkinabè, le garant des intérêts de Bolloré, puissant industriel et homme d’affaires français, au Burkina Faso, aurait pu connaître un tout autre destin. Modeste fonctionnaire à la chambre de commerce, d’industrie et de l’artisanat de Haute-Volta, sa carrière connaît un coup d’arrêt avec l’arrivée au pouvoir en 1983 du révolutionnaire Thomas Sankara.

Après une courte traversée du désert, il rejoint la Communauté économique de l’Afrique de l’Ouest (CEAO), l’ancêtre de l’Uemoa, en tant qu’économiste en charge de la promotion du secteur privé. Il en profite pour étoffer son carnet d’adresses à l’international. Sa rencontre avec Vincent Bolloré en 1990 change radicale­ment son destin. « L’ami Vincent » le débauche de la CEAO et lui confie la présidence du Conseil d’administration de la Manufacture burkinabè de cigarettes. Depuis lors, Diawara n’a fait que gravir les échelons. Homme de réseaux, il est aujourd’hui à la tête d’un empire industriel et finan­cier, détenant des parts importantes dans plusieurs grandes entreprises du pays.

Idrissa Nassa, performance, innovation et panafricanisme

En l’espace de quelques années, le golden-boy de l’économie burkinabé a forgé la réussite de son holding bancaire, Coris Bank International (CBI) né sur les cendres de la Financière du Burkina-FIB, racheté en 2008. Cotée à la Bourse régionale d’Abidjan, CBI s’est focalisé sur le financement des affaires au Burkina Faso et en Afrique de l’Ouest. Coris Bank a injecté en dix ans d’existence, plus de 2 000 milliards de F.CFA dans l’économie burkinabè. CBI qui a ouvert un guichet islamique au Burkina Faso, est présent dans cinq autres pays de l’Afrique de l’Ouest.

Les performances de CBI dont le capital est passé à 32 milliards de F.CFA en 2017, ont convaincu des partenaires tels que la BAD, la BID, la BOAD, l’IFC, de lui fournir des lignes de crédit pour le financement du secteur privé. Doté d’un flair pour les opportunités d’inves­tissement, Idrissa Nassa s’est lancé en 2017 dans la prise de participation dans les sociétés minières, rassuré par le potentiel minier des pays de l’espace Uemoa. Ainsi, CBI a accordé un prêt de 60 millions $ à Hummingbird Resources pour financer la construction de la mine d’or de Yanfolila, au Mali, 12 millions $ dans le projet d’or Makabingui au Sénégal et pris 20 % (1,3 milliard de F.CFA) du capital de Sama Resources Guinea. Devenu un acteur incontournable dans le financement de l’éco­nomie nationale, Idrissa Nassa n’a eu aucun mal à négocier un accord de siège pour Coris Holding au Burkina Faso, en août 2017. Égale­ment présent dans les secteurs de l’hôtellerie, l’imprimerie, la cimenterie, les hydrocarbures, l’homme d’affaires est toujours plein de projets économiques pour son pays et la sous-région.

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TAGS: Afrique de l'Ouest, BURKINA-FASO, Jeudi 19 avril 2018, Le Magazine de L'afrique, Ouagadougou, Par Rodrigue Arnaud Tagnan, Par Tiego Tiemtoré
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