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[La Dépêche] Moralisation de la vie publique – Corruption: une lutte à deux vitesses

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Décidément, Antoine Dayori doit être devenu  persona non grata au sein de la mouvance. Non content de l’avoir précipitamment limogé de son poste de directeur général du CNCB – il était nommé pour un mandat de deux ans- le pouvoir de la rupture est toujours aux trousses du natif de Tanguiéta. Depuis hier, l’ex député est en détention préventive pour malversations dans l’exercice de ses fonctions au conseil national des chargeurs du Bénin. Antoine Dayori n’a pas été le seul cadre de la structure à être interpellé. D’autres cadres de la maison lui tiennent compagnie à la brigade économique et financière, sans oublier ceux qui sont cités dans le même dossier de malversations au CNCB, mais qui ont, eux, décidé de prendre la poudre d’escampette.

Ainsi, la lutte contre la corruption enclenchée par le pouvoir de la rupture est en bonne voie. Certainement et sans doute. Seulement le hic dans cette affaire, ce sont les nombreux autres cadres béninois, cités dans certains dossiers de malversations ou de mauvaise gestion de structures publiques à eux confiées, et qui n’ont jamais été inquiétés depuis l’avènement du régime de la rupture.

Fiel pour les uns, miel pour d’autres ?

Le régime de la rupture, dans l’entendement de la plupart des Béninois qui ont accordé leur suffrage à l’homme du nouveau départ, devrait opérer une vraie révolution en matière de gestion des affaires publiques. Ce n’est donc pas un hasard si l’on parle de régime de rupture. Pour les Béninois, dans leur majorité, plus rien ne devrait être comme avant. Un changement qualitatif devrait être observé au niveau de la gouvernance dans le pays. Et sur les nombreux chantiers où le régime de la rupture était attendu, figure en bonne place la lutte contre la corruption. Pour la simple raison que de nombreuses études ont révélé que  la corruption reste le principal obstacle au développement du Bénin. De l’avis de certains économistes, le pays pourrait même se passer de l’aide internationale au développement si la corruption était définitivement vaincue.

Hélas, aucun gouvernement du renouveau démocratique n’a véritablement réussi à mener à bien la lutte contre la corruption. Si tous les régimes en font leur cheval de bataille, rares sont ceux qui effleurent juste le monstre. Rien que de professions de foi. Pas plus. Aussi, beaucoup d’espoirs furent placés au régime de la rupture, au regard de sa maitrise des milieux d’affaire, réceptacle par excellence de la corruption. Les Béninois étaient convaincus que les choses allaient changer, au moins sur ce plan. Et comme s’il était en parfaite harmonie avec son peuple, le chef de l’Etat, dès sa prise de fonction, engagea des audits dans toutes les structures publiques. Premier signe fort de ce que la lutte contre la corruption cessera d’être un vœu pieux pour se matérialiser enfin dans les actes. Surtout que les scandales liés à la gestion des affaires publiques étaient légion. Il y avait donc de la matière, du travail. Puis plouf!

L’illusion ne dura que le temps d’une rose. Maria Gléta, machines agricoles, PPAE2, rien ne bouge  sur la ligne. Il a fallu que les Pays Bas aient menacé de rompre la coopération avec le Bénin pour que le gouvernement de la rupture se décidât à bouger sur ce dossier. Pour quel résultat ? La levée de l’immunité parlementaire du principal supposé mis en cause dans ce nébuleux dossier sollicitée par le gouvernement fut soldée sur une sèche fin de non-recevoir des députés, restés solidaires de leur camarade. Mais ce qui gêne nombre d’observateurs de la scène nationale, c’est la parfaite idylle entretenue désormais par le député en question, Barthélémy Kassa, pour ne pas le nommer, avec le chef de l’Etat. Cette relation entre le président de la république et le député en question choque la décence, rien que ça. Et ce n’est pas tout.

Dans le dossier relatif au scandale de Maria Gléta, un membre du gouvernement actuel est abondamment cité. Il s’agit de l’actuel ministre de l’intérieur, Sacca Lafia. Certes, le ministre n’a jamais été interpellé par une juridiction. Il bénéficie donc pleinement de la présomption d’innocence. Mais sous d’autres cieux, le fait même que son  nom ait été mêlé à un scandale de cette envergure le disqualifie d’office pour toute haute fonction, jusqu’à ce qu’il soit blanchi du dossier. Qu’on retrouve une telle personnalité au sein d’un gouvernement qui prône la lutte contre la corruption laisse planer des doutes sur la sincérité de ce gouvernement.

A ces deux exemples suffisamment illustratifs du malaise des Béninois en ce qui concerne la lutte contre la corruption brandie, tel un trophée par le pouvoir du changement, on pourrait ajouter la présence au sein de la grande mouvance présidentielle de responsables cités dans le scandale des machines agricoles. André Okounlola, en l’occurrence, reste cité abondamment dans ce scandale dit des machines agricoles. Ici non plus, la justice n’a encore jamais interpellé le député. Mais sa présence aux côtés du chef de l’Etat à certaines occasions dérange la morale de ceux qui croient encore à la lutte contre la corruption au Bénin. Et ils sont nombreux.

Maria Gléta, PPAE2, machines agricoles, pour ne citer que ces cas, sont des scandales dans lesquels on évoque des milliards. Beaucoup de milliards. Combien reproche-t-on à Antoine Dayori pour qu’il soit privé de sa liberté au moment où les autres se la coulent douce, pavanant allègrement dans les rues et ruelles du pays ? Le pouvoir de la rupture, sur la lutte contre la corruption, peine encore et toujours  à convaincre. Lourdement.

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