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[La Dépêche] Le talk de Métok

Le talk de Métok
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Nouvelle annonce

A bâton rompu avec l’artiste compositeur-chanteur de l’ “hymne“ des Écureuils

Une interview exclusive au journal la dépêche

L’artiste de chanson Ignace Don Métok à bâton rompu avec le reporter de LA DÉPÊCHE

La Dépêche : Bonjour à vous. L’icône de la chanson de la musique Béninoise que vous incarnez peut-elle se présenter aux lecteurs du journal « La Dépêche » ?

Don Métok : A l’état civil on m’appelle Mètokin Sourou Ignace, et comme nom d’artiste, c’est Don Métok. Je suis vedette de la chanson, artiste musicien, chanteur, compositeur.

La Dépêche : Merci pour la présentation. Il serait surprenant qu’au cours de cet entretien, nous n’évoquions ce qui vous lie véritablement au peuple Béninois et par ricochet, aux autres mélomanes d’au-delà de nos frontières, à savoir, cette mythique chanson dont le titre m’échappe… c’était quoi déjà ? (ironise le reporter). 

Don Métok : Allez ! Les Ecureuils

La Dépêche: Ah ! Voilà ! Allez ! Les Ecureuils… Une chanson devenue mythique, une sorte de ferment entre le peuple et son sport favori, le football. Dites nous, ça remonte à quand, cette chanson ?

Don Métok : Disons, si mes calculs sont bons, cela fait déjà environ dix sept (17) ans, car c’est en 2002 que nous avions réalisé cette chanson. C’était dans les perspectives des éliminatoires de la Can en Tunisie que j’ai eu le plaisir de composer cette chanson «Allez ! Les Ecureuils».

La Dépêche: Etait-ce une commande formelle ou alors une inspiration personnelle ?

Don Métok : Dison que c’est une inspiration personnelle. Mais cela avait été motivé par beaucoup de choses. Il faut dire qu’à l’époque, les Béninois avaient beaucoup d’attrait pour le football mais avaient moins de confiance en leur équipe nationale. Ainsi donc, à l’approche des éliminatoires, la Fédération, par le biais du Ministère, avait initié un Téléthon où les Béninois étaient conviés à apporter leurs contributions financières afin de soutenir leur équipe. Ceci à suscité un grand intérêt au sein des populations, et particulièrement les jeunes. A l’poque, moi je travaillais au sein d’une radio de la place. On y organisait des émissions interactives au cours desquelles on pouvait entendre de très jeunes auditeurs qui appelaient en direct, qui pour proposer de cotiser 50 F Cfa, qui d’autres, pour contribuer à hauteur de 100 F CFA afin de soutenir l’équipe nationale. Tout ceci m’avait énormément touché.

  • Une idée de chanson à composer pour l’équipe nationale

C’est ainsi que l’idée m’est venue de m’interroger sur ma part de contribution en tant qu’artiste. Dois-je mettre aussi la main à la poche et donner de l’argent ou que faire ? Mais je sais également qu’entre le sport et la musique, il n’y a pas un grand fossé. C’est ainsi que j’ai décidé de faire de la musique et sortir un slogan, puisqu’au cours des grandes compétitions, l’ors des matches j’observais l’engouement des populations qui s’attroupaient devant les postes téléviseurs à Cotonou et un peu partout dans le pays pour suivre les prestations des équipes. Et là, je me suis dit que si on pouvait trouver un slogan fort, susceptible d’unir les Béninois afin qu’ils se tiennent tous ensembles derrière leur équipe, ce serait une bonne chose. C’est cela qui m’a motivé et j’ai décidé de le faire. Le déclic est parti donc ce jour où un collègue du nom de Péguy Ludovic Dagba était allé me voir, alors que j’étais à l’antenne et avait attiré mon attention sur l’émission interactive dont j’ai fait cas tantôt. «Tu suis bien l’émission là ? Tu entends ce que j’entends là ?» Oui ! Je suis bien l’émission lui ai-je répondu. Et à Péguy Ludovic Dagba de me demander à brûle-pourpoint : «Qu’est-ce que tu peux faire pour accompagner tout ça ?». Ce à quoi je lui réponds que je ferai une chanson. « Ah bon ? Peux-tu faire une chanson ou alors tu le dis juste pour me faire de la blague?». Et sur un ton de défi, Péguy Ludovic Dagba me dit : « Comme tu le dis, je t’attends au carrefour, fais-le ». Comme tu me fais confiance, je vais le faire ai-je promis à mon collègue. Aussitôt dès la fin de mon temps d’antenne ce jour-là, je suis allé directement voir un ami, Djoka, qui avait un studio d’enregistrement à qui j’ai confié que j’avais une idée de chanson à composer pour l’équipe nationale. Djoka, un peu dubitatif sur l’instant s’était interrogé sur le contexte, avec une équipe nationale qui était loin d’être flamboyante et n’apportait pas la joie aux férus du cuir rond. Faisons notre part de contribution et attendons les résultats lui vais-je répondu. Aussitôt, on s’est mis à l’ouvrage et dans cette même journée, on n’a concocté la chanson.

Un coup d’improvisation, un coup de maître

Tenez ! Le texte de cette chanson, telle que connue aujourd’hui était juste une improvisation, je l’ai chantée une seule fois. J’ai pris le micro ce jour là, j’ai posé la voix cette seule fois du début jusqu’à la fin, sans qu’on ne fasse la moindre attention aux phrases, histoire de procurer à l’arrangeur, de la matière pour travailler. Mais au terme de ce premier travail sur le morceau, on s’était dit qu’on ne reprend pas et que tout soit laissé, tel quel. En fin de réalisation, l’idée a germé de proposer cette chanson aux autorités en charge du football et de l’équipe nationale. Ministre et membres de la fédération, tout ce beau monde était en mise au vert avec l’équipe nationale l’hôtel Plm Alédjo lorsque que nous sommes allés les voir, un jeudi matin pour leur faire écouter la chanson. Sur le coup, les responsables en charges du football semblaient intéressés mais peu enthousiastes à l’idée qu’une chanson puisse impacter un public sportif comme le notre et par ricochet, booster le sport roi. De guerre lasse, je suis retourné ce même jeudi soir à la radio Golfe Fm où j’ai réussi à faire diffuser la chanson sur nos antennes et puis c’est parti ainsi. Dès lors, nous recevions sans cesse, des coups de fil des auditeurs et diverses personnes nous demandant de rejouer la chanson. Une chanson qui est partie toute seule, reprise en chœur partout, elle passera en boucle lors du premier match avec la Tanzanie au stade de Général Mathieu Kérékou (stade de l’amitié) où le Bénin l’emportait par 4 buts à zéro. Le peuple l’a adoptée. C’est ainsi que cette chanson avait donc décollé. Je ne m’attendais pas à ce résultat, franchement. Pour moi, c’était une chanson conçue pour juste pour accompagner l’équipe dans le cadre de cette compétition là. Mais, ça suit son petit bonhomme de chemin et je remercie le peuple Béninois qui a pris ça à bras-le-corps car, sans le soutien du peuple, je ne pense pas que cette chanson pourrait connaitre cette longévité.   

La Dépêche: Une belle histoire en somme. Don Métok, avec le recul, sil vous était donné d’améliorer cette chanson soit, parce que vous auriez noté quelques petites imperfections, qu’auriez-vous à apporter comme correctifs à l’œuvre ou alors s’est-elle imposée et plus rien à dire ?

Don Métok : Oui ! Vous savez, on dit que l’inspiration est divine. Vous savez, ce qu’on a fait, je pense que c’est la manière dont il fallait le faire à cette époque et selon le contexte, afin que ça passe. Maintenant, aujourd’hui, et chaque jour qui passe, on découvre plein de choses et on pense qu’il y des choses qu’on peut faire l’améliorer, car aucune œuvre humaine n’est parfaite. Si je dois apporter quelque à cette chanson, ce sera peut être au niveau du rythme, essayer de le rendre beaucoup plus dansant, beaucoup plus fort. Mais je pense que telle que  cette chanson est acceptée par le peuple, il n’y a pas grande chose à apporter. Elle est restée telle, plait ainsi au public.  

La Dépêche: Don Métok, vous êtes un artiste qui doit vivre de ses œuvres, et vous ne faites pas tout ça pour les beaux yeux du public. Qu’est-ce que vous aviez tiré de cette chanson, au-delà de la satisfaction morale ?

Don Métok : Je pense que la plus grande chose que l’on puisse tirer qui dure et qui demeure, c’est la satisfaction morale. Le soutien du public a été total. Jusqu’à aujourd’hui, les gens continuent de me bénir. A chaque fois on m’interroge : «N’est-ce-pas toi qui a chanté « Allez ! Les Ecureuils » ?, soit béni pour ça…». Même après la victoire de l’équipe nationale sur le Maroc, vendredi dernier en Egypte, j’ai reçu plein de coups de fil du monde entier, d’où les gens me congratulent pour ma chanson, nous aimons l’écouter en boucle…Nous sommes fiers de toi…

La Dépêche: Don Métok, pendant qu’on y est, je voudrais rebondir sur cette partie de vos propos. Nous vivons en ces moments même, un événement exceptionnel auquel prend part, notre Onze nationale. Il s’agit, vous vous en doutez, de la Coupe d’Afrique des Nations qui a pris ses quartiers en Egypte. Seulement, il se raconte tellement de choses liée à ce qu’il convient d’appeler, sans aucune exagération, l’hymne des Ecureuils du bénin. Une chanson qui serait interdite de diffusion sur les antennes des radios et télévisions de notre pays. A votre avis, où est passé l’hymne des Ecureuils ?

Don Métok : Vous savez, on dit souvent qu’il n’y a pas de fumée sans feu. S’il n’y avait rien, il n’y aurait pas tout ce remous autour. C’est surement que quelque chose a dû se passer à un moment donné, les gens étant habituées à voire cette chanson (en clip)à la télé et à l’écouter à la radio, lors des matches…du coup, à une période aussi cruciale pour le football national, et que les gens n’entendent plus cette chanson, il y a de quoi se poser des questions. Oui c’est vrai, il nous est revenu que sur certaines télévisions de la place, il a été interdit, par qui, je ne le sais parce que je n’ai pas reçu de note officielle en ce sens. Qu’est-ce qui m’est reproché, je en sais rien. Je l’ai appris comme tout le monde. Mais ce que je dis aux gens et que tout le monde doit retenir est que cette chanson n’appartient plus à Don Métok aujourd’hui, elle est devenue le patrimoine du peuple Béninois. Et je dis donc, refuser de la jouer ou de la diffuser, c’est se refuser d’accomplir son devoir de citoyen. Cette chanson a été adoptée par les Béninois, et ce n’est pas pour les beaux yeux de Don Métok. Vous savez, je ne reçois en retour aucune prime particulière sur la diffusion de cette chanson et à chaque fois que j’en ai l’occasion, je la chante. C’est ma façon à moi, de fédérer tous les Béninois autour du sport roi, et ce, depuis environ dix sept ans que cette chanson a été composée. Il est une réalité indéniable que le football unit les peuples, c’est ce qui réunit le plus les Béninois aujourd’hui. Quand surviennent des tensions dans le pays et les Ecureuils jouent, on ne distique ni opposants, ni mouvanciers. Ce qui m’importe moi, c’est de donner le sourire aux Béninois.      

La Dépêche: Don Métok, vous aviez donc constaté par vous-même que cette chanson n’est plus diffusée sur les médias locaux ?

Don Métok : Oui nous l’avions constaté. Et nous nous sommes dit peut être que le son peut être est perdu ou est-ce la vidéo, encore que les radios ou télévisions qui ne disposaient pas de cette chanson m’appelaient pour en faire la demande et je répondant favorablement à chaque fois. Lorsque l’information était devenue persistante, j’ai dû appeler certains amis qui officient au sein de certains médias dont je préfère taire les noms et qui m’ont confirmé l’interdiction de diffuser la chanson, «Allez ! Les Ecureuils». Alors j’ai compris que certaines personnes s’amusent à jouer avec les nerfs des Béninois. Pourtant c’st leur chanson, ils veulent l’entendre quand leur équipe joue. Pourquoi refuser de diffuser cette chanson ?

La Dépêche: Don Métok, nos lecteurs ont grand besoin de comprendre aussi. Parfois, une rumeur peut prendre l’allure d’une primeur. Beaucoup de rumeurs circulent en effet vous concernant. Lesquelles vous reprochent quoi en définitive, en ce qui concerne cette chanson?

Don Métok : Les rumeurs… je ne me laisse pas entrainer dans les rumeurs. D’aucuns disent, «c’est un opposant», opposant à quoi ? à qui ? Je n’en sais rien. Est-ce que quelqu’un a-t-il vu une déclaration de Don Métok ou un acte que j’ai posé quelque part m’affichant comme un opposant à qui ? C’est ce qui se dit. Personne ne m’a approché pour me dire ce dont je suis coupable. Moi je dis quand on commet une faute, il existe les voies légales pour répondre de son forfait. Mais rien ne m’a été reproché par qui que se soit. Je circule tranquillement, mes amis son là, on sort, va partout ou bon nous semble. Je n’accorde pas d’importance à ces rumeurs car ce qu’on dit de moi, ça n’a pas d’importance. Je pense que si c’était sérieux, on aurait pu m’appeler pour me dire ce qu’on me reproche. Aujourd’hui, les réseaux sociaux inventent beaucoup de choses et moi, je ne vais pas me laisser entrainer dans les rumeurs   

La Dépêche: Don Métok, Il y a tout de même cet embargo qui ne dit pas son nom et qui a été décrété contre la chanson « Allez ! Les Ecureuils ». En ce qui vous concerne personnellement, en ressentez-vous des conséquences dans votre quotidien ? A travers vos prestations d’artiste ?

Don Métok : Moi, je ne compte sur personne car, je pense que tout ce que je vais et ce que je reçois, c’est de droit et c’est ce que je mérite aussi. Et j’estime que ce qui est à moi, si je fais ce qu’il faut, je vais pouvoir l’obtenir. Maintenant, si les autres s’amusent à ne pas vouloir me mettre dans mes droits, c’est leurs problèmes. Moi je sais qu’à forces de travail acharné, on obtient ce dont a droit. Et je n’ai pas le sentiment d’avoir été bloqué sur mon parcours. C’est aussi possible que les gens le fassent tant que je ne le sente.

La Dépêche: Mais le public, lui, ne vous sent plus et cela fait un bail.

Don Métok : Oui c’est vrai, le public est habitué à cela, par rapport à moi, les gens savent que je suis quelqu’un qui prend le temps de faire correctement son travail et donc, je suis entrain d’aller tout doucement. Vous savez, rien ne sert de courir, et il faut partir à point. D’ici, là, les gens auront les nouvelles de Don Métok et je pense que c’est ce que j’ai de mieux à donner au public Béninois.

La Dépêche: Un cadeau de fin d’année ?

Don Métok : Pourquoi pas ! C’est bien possible. Vous savez quand on est au studio, il éviter de se prononcer sur les dates de sorties cependant je mettrai le bouchées doubles et le public sera fier de notre réapparition.

La Dépêche: Merci Don Métok, merci à vous, géniteur de l’ »hymne » des Ecureuils, pour ces quelques moments passés ensemble avec le journal La Dépêche.

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