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[Actu Bénin] Changement de paradigmes et crise électorale:Un ancien ministre de Soglo encense Talon (Lire l’opinion de Jean-Roger Ahoyo)

Cop24:Les négociations sur le climat avancent difficilement
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Notre pays a connu, d’avril à juin derniers, une crise électorale liée aux législatives d’avril 2019. Pour la première fois, dans la période de Renouveau démocratique, inaugurée par la Conférence nationale de février 1990, le Bénin a connu des élections législatives non-inclusives, parce que boycottées par les partis d’opposition ! Comment en sommes-nous arrivés là ? C’est ce que l’historien et homme politique Jean-Roger Ahoyo, essaie d’expliquer, dans les lignes qui suivent, pour éclairer l’opinion.

  1. Le changement de paradigmes

 

Au commencement se trouvent, incontestablement, les deux lois électorales que sont :

– La loi n° 2018 portant Charte des partis politiques en République du Bénin, du 17 septembre 2018, et

– La loi n° 2018-31 du 09 octobre 2018, portant Code électorale en République du Bénin

L’adoption du multipartisme intégral par la Conférence nationale a entraîné la naissance, dans notre pays, d’une ‘’foultitude’’ de partis politiques. On comprend aisément que, après la dictature du Parti unique imposée à notre pays pendant près de 20 ans (1972-1990!), la liberté retrouvée ait engendré cette floraison d’organisations politiques. Mais les plus importantes de ces formations avaient une coloration ethnique et fonctionnaient comme de véritables partis uniques régionaux. Par un jeu d’alliances souvent éphémères et parfois contre-nature, ces formations politiques n’ont réussi qu’à bloquer le progrès de notre pays. En trente ans (de 1990 à 2018 !), aucun de ces partis n’a pu faire élire un de ses membres pour diriger notre pays. D’où notre recherche effrénée de l’oiseau rare ! Comme chacun le sait, cela nous a conduits à élire, pour nous diriger, (à part l’intermède de Kérékou II) des banquiers qui se sont révélé des politiciens médiocres. Nous étions à ce point de blocage quand Talon vint !

Devant ce fiasco évident, la classe politique a pris conscience que le problème à résoudre pour avancer, c’est la réforme du système partisan. C’est cette prise de conscience qui explique que notre Parlement a voté, à une très forte majorité (certains disent à une quasi-unanimité !), les deux lois sus-citées. Elles ont, en effet, simplifié, de façon drastique notre paysage politique (les partis politiques ont été ramenés de 260 à une dizaine !), et introduit de nouvelles règles pour les législatives.

Personne ne nie que ces lois sont contraignantes ! Et c’est bien pour cela que le législateur, dans sa sagesse, a prévu 6 mois pour que les partis politiques s’y conforment. Mais quand, en application des nouvelles dispositions légales, la Céna a déclaré éligibles aux législatives les seuls deux nouveaux partis de la mouvance présidentielle, cela a provoqué un grand émoi, et amené le président Talon lui-même a convoqué l’ensemble des partis politiques à une grande concertation au Palais de la République le 15 février 2019.

A cette occasion, il a confié au président de l’Assemblée nationale la mission d’organiser, au sein du Parlement, une réunion des partis de la mouvance et de l’opposition, pour dégager une solution consensuelle. Un comité de réflexion présidé par le président Houngbédji, a donc été constitué comprenant deux (02) membres de la mouvance (les députés Idji Kolawolé et Kassa Barthélémy), et deux (02) de l’opposition (les députés Houndété Éric et Garba Yaya). Cf décision n°2019-12/An/Pt du 13/03/19. Ce comité de réflexion, qui est paritaire dans sa composition, a effectivement travaillé pour aboutir à un consensus en trois points dont le président A. Houngbédji, dans son courrier. N°089/An/Pt/Sp-C du 18 mars, informe les membres du Parlement en ces termes, je le cite : « Nous vous prions de trouver ci-joint les propositions adoptées par consensus au sein du comité paritaire, en vue de parvenir à des élections législatives inclusives en 2019. Il s’agit des documents ci-après :

– Proposition de loi dérogatoire, modificative et complétive de la loi n°2018-23 du 17 septembre 2018 portant Charte des partis politiques, en vue des élections législatives de 2019 ;

– Proposition de loi dérogatoire modificative et complétive de la loi n°2018-31 d’octobre 2018 portant Code électoral en vue des élections législatives de 2019 ;

– Proposition de révision de l’article 80 de la Constitution ».

Il est important de préciser, pour le souligner, que le courrier du président A. Houngbédji a été contresigné par les 4 autres membres du comité paritaire ; et que les trois documents qu’il transmet aux députés ont été tous paraphés, page par page, par tous les cinq membres du comité de réflexion.

La date du courrier du président Houngbédji signifie, qu’en principe le consensus recherché pour aller à des législatives inclusives a été trouvé dès le 18 mars, donc plus d’un mois avant les élections prévues pour le 28 avril ! La question qui vient alors à l’esprit est la suivante : Pourquoi le consensus, recherché apparemment par tous, n’a pas été mis en œuvre ? Parce que le président Houngbédji, de bonne foi sans doute, a cru devoir consulter les anciens présidents Soglo et Yayi, ainsi que M. Azannaï, sur les documents consensuels ; et il s’est heurté alors à leur rejet des projets de textes. C’est dans ces conditions que le jeudi 21 mars, en lieu et place des trois propositions de loi du comité paritaire, il a cru devoir introduire une proposition de loi dérogatoire portant uniquement sur la Charte, mais de son propre cru ! On comprend que la Commission des lois, réunie le 25 mars, ait refusé d’étudier cette proposition d’origine non consensuelle ! Devant cet échec, le président Houngbédji dut revenir aux projets de textes du Comité paritaire pour les introduire au débat le 29 mars 2019. C’est alors que l’opposition commença un jeu dilatoire auquel la majorité mit fin, en déclarant à la Tribune de l’Assemblée, l’échec de la recherche du consensus ! La crise qui couvait éclata alors ainsi au grand jour. L’exposé des faits montre clairement que c’est parce que les représentants de l’opposition ont été désavoués par les anciens présidents qu’ils ont dû recourir à un jeu dilatoire reniant ainsi leurs signatures. Ce sont donc les anciens présidents, Soglo et Yayi avec leur acolyte Azannaï qui sont à l’origine de ce qui allait devenir la crise électorale.

Mais on n’est pas étonné de leur opposition au consensus quand on connaît leurs appréciations des lois électorales sus-citées. On la trouve dans deux articles parus dans le journal Jeune-Afrique n°3028 du 20-26 juin 2019. Dans l’article du journaliste Matthieu Millecamps, intitulé « Branle-bas électoral », on peut dire cette déclaration du président Soglo, je le cite : « En excluant brutalement et maladroitement des élections les jeunes, les pauvres, les déshérites, le Gouvernement et ses alliés au Parlement ont poussé le bouchon trop loin. » P.98. Quand on sait que cette déclaration date du 3 septembre 2018, on se rend compte que le président n’a même pas attendu l’adoption définitive du Code électoral, qui date du 09 octobre 2018, pour émettre ce jugement définitif. A la page 99 suivante, de la même parution, nous lisons dans une interview recueillie par le journaliste Fiacre Vidjingninou, la réponse suivante de Guy Dossou Mitokpè, Secrétaire général du parti « Restaurer l’espoir » de Candide Azannaï : à la question : Les réformes du Code électoral et la Charte des partis nous satisfont elles ? Il répond : « Absolument pas. Ces prétendues réformes ne sont que l’expression de la volonté du Chef de l’Etat et de sa majorité d’empêcher la compétition électorale et, surtout, d’en écarter les jeunes. En matière de caution électorale, c’est désormais l’argent qui dicte sa loi. La notion de quitus fiscal a été introduite parce qu’on ne veut plus que certains acteurs aient la possibilité d’être candidats : C’est l’exclusion ! En amont, on crée la notion de quitus fiscal en aval, on procède à des redressements ciblés…

Certes, ce n’est pas le président Boni Yayi qui parle, mais c’est Guy Mitokpè, la voix de son maître Azannaï qui est, comme chacun sait, la 3ème figure de proue de l’opposition. A son tour et après Soglo, Mitokpè rejette les lois électorales, en oubliant que le quitus fiscal a été introduit, en réalité, par Boni Yayi ! Cette opposition aux lois électorales contient en germes, les événements que nous appelons crise électorale.

 

  1. Crise électorale

 

Comme nous l’avons affirmé plus haut, cette crise a éclaté au grand jour après le rejet du consensus trouvé au sein du Parlement, par le tryptique Soglo-Yayi-Azannaï. Leur opposition ferme à l’organisation du scrutin du 28 avril explique les malheureux évènements qui ont précédé, jalonné et suivi nos législatives, dont ils ont réclamé en vain le report. Cf. Le Matinal n°5522 du 20 février 2019 page 11 ; et La Nation n°7178 du mercredi 20 février page 03.

On les a vu venir depuis le 06 mars 2019, quand ils ont boycotté la rencontre organisée par le Pdt Talon à la Présidence avec la classe politique nationale, pour rechercher un consensus en vue de législatives inclusives !

Les Béninois n’ont pas donc été surpris quand, dès le 26 février 2019, des paysans-chasseurs sont sortis, bien entendu « spontanément », de la brousse pour attaquer la Police à Tchaourou, avec des blessés des Forces de sécurité évacués sur Cotonou ! Mais le meilleur est à venir. En effet le 19 avril, les anciens présidents Soglo et Yayi entrent carrément en rébellion et débarquent à Dantokpa à Cotonou donc, en espérant provoquer un soulèvement populaire. Malheureusement pour eux, les populations ne les ont pas suivis et ont bien rigolé quand dès la première bombe lacrymogène, ils ont pris leurs jambes à leur cou comme de vulgaires malfaiteurs. Il est regrettable qu’ils aient cru devoir entrainer dada Rosine dans cette aventure rocambolesque !

Mais cette leçon de leur n’a pas suffi, et c’est compter sans leur entêtement dans l’erreur ! Dans sa tentative désespérée pour empêcher la tenue des législatives, le « Seigneur’ » de Tchaourou a provoqué les incidents des 27 et 28 avril qui ont entrainé le saccage du bureau de vote ! Ces incidents se sont étendus à d’autres localités comme Bantè et, en partie, Parakou. Mais les Forces de défense et de sécurité, par leur professionnalisme, ont pu les contenir, permettant ainsi aux élections de se dérouler à la date prévue, c’est-à-dire le 28 avril, et sur la quasi-totalité du territoire national. Il est vrai qu’on a observé une abstention record, expliquée aisément par les fake-news diffusés par les réseaux sociaux ; mais les élections ont eu effectivement lieu, à la date prévue !

Cela a rendu fous de rage nos deux acolytes et a poussé l’ancien Président Soglo, qui se prend pour ce qu’il n’est pas ou plus, à lancer le 29 avril un ultimatum au président Talon : Il a jusqu’au 30 avril, donc 24 heures, pour annuler les élections ! Le président Talon, fort de son bon droit, a répondu par un silence méprisant. Mais ils ont continué dans l’escalade. D’où les graves incidents suscités par Yayi Boni :

– Les 1er et 2 mai à Cotonou, où des nervis ont été instrumentalisés pour bruler des biens : A Cadjèhoun ils ont incendié, comme par hasard la société Lbm, parce qu’on leur a dit qu’elle serait la propriété de Talon, ou que Abdoulaye Bio Tchané y aurait des intérêts ! Poursuivant leur course folle de vandales, ils ont mis le cap sur la maison de M. Amoussou Bruno dont la Police est intervenue à temps pour empêcher le saccage ! Quand on sait que les cibles principales des 1er et 2 mai sont Messieurs Amoussou Bruno, président de l’Union progressiste et Abdoulaye Bio Tchané, président du Bloc républicain, il apparait clairement que les voyous étaient en service commandé !

– Les 7, 8, 9 et 10 juin à Tchaourou où les fameux chasseurs sont revenus parce que la Police avait arrêté les individus qui ont incendié le bureau de vote le 27 avril ! Le commissariat de la ville a été saccagé et la villa du député Bagoudou mise à sac !

Là encore les Forces de défense et de sécurité ont réussi, faisant preuve d’un grand professionnalisme, à contenir les émeutes et à limiter les dégâts !

Mais la Justice est intervenue pour interroger l’émeutier en chef, j’ai nommé Boni Yayi, maintenu en résidence surveillée par les Forces de sécurité à partir des désordres des 1er et 2 mai.

Il est important de souligner que le chef de l’Etat, le président Talon, à l’écoute de son peuple, n’a pas ignoré les appels à la paix qui ont commencé à se multiplier.  C’est ainsi que le 20 mai 2019, il s’est adressé à la Nation pour proposer à l’opposition un dialogue, allant jusqu’à envisager une relecture des lois électorales. L’opposition, dans son aveuglement, n’a pas tardé à rejeter cette main tendue. Les désordres des 7,8,9 et 10 Juin à Tchaourou ne doivent donc pas nous étonner dans ce contexte d’affrontement maintenu par l’opposition, même si le prétexte avancé par les émeutiers a été l’arrestation des individus qui ont détruit le matériel de vote à la veille du scrutin, le 28 avril ! On se rend ainsi compte que la volonté de dialogue va de paire, chez le chef de l’Etat, avec la volonté de maintenir l’ordre par le biais de la justice.

Depuis le 20 juin 2019, nous pouvons noter une décrispation dans le pays. La démarche courageuse des cadres de Tchaourou y a grandement contribué. En effet le 20 juin précisément, leur délégation, conduite par Mr Théophile Worou a sollicité et obtenu l’audience du Chef de l’Etat. Au cours de la rencontre ils ont reconnu les erreurs des manifestants à l’origine de tous les incidents violents que nous avons connus aussi bien à Tchaourou qu’à Cotonou ; et ils ont présenté leurs excuses au Chef de l’Etat, implorant sa clémence. Selon le Matinal n° 5604 du vendredi 21 juin 2019, page 2, le Président Talon, qui n’est pas un va-en-guerre, les as remerciés pour leur démarche ; mais leur a dit sa honte et sa colère devant les dégâts matériels et humains que certains cadres de Tchaourou ont laissé faire ; et dont d’autres ont été les instigateurs. Puis il les a invités à reconstruire la confiance brisée. A la fin de l’audience et dans un souci d’apaisement, il a fait lever le siège de la maison de Boni Yayi à Cadjèhoun, pour lui permettre d’aller aux soins, contre son engagement à répondre aux questions du Procureur à son retour ! Nous attendons donc son retour pour voir s’il tiendra parole, c’est-à-dire s’il respectera la justice de son pays !!!

Mais en attendant, que fait notre opposition devant la décision du président Talon de lever le dispositif autour de la maison de M. Boni Yayi ? Le quotidien Nouvelles mutations, dans sa livraison du 24 juin 2019 nous renseigne amplement :

– Dès sa première page il étale les nouvelles exigences du parti Fcbe, à savoir :

  • La libération sans délai de toutes les personnes arrêtées injustement et les autres détenus politique
  • Le retour de tous les exilés politiques, et
  • L’abrogation des lois scélérates et la reprise des élections législatives

– En écho à ces exigences des Fcbe, leurs complices Djènontin et Houngbadji publient un communiqué à Paris pour ‘’allonger la sauce’’, à la page 5 :

  • Enquête internationale indépendante sur les crimes contre l’humanité commis par la Police à Cotonou, Kandi, Tchaourou, Savè
  • Annulation de la parodie d’élections législatives organisées le 28 Avril 2019…
  • Annulation de toutes les lois liberticides et scélérates, notamment les lois électorales d’exclusion administrative et financière
  • Audit international indépendant du fichier électoral national
  • La reprise des élections législatives pour le compte de la 8ème législature dans…
  • Libération de tous les prisonniers politiques
  • La création des conditions favorables pour assurer le retour de tous les exilés politiques
  • La fin des persécutions, enlèvements, arrestations, emprisonnements et agressions physiques des opposants et activistes du Web
  • La levée des mesures illégales de surveillance de la résidence de l’ancien président de la république Thomas Boni Yayi…

– Dans le même journal, à la page 4, dans une déclaration datée du 23 juin, le président Soglo interpelle le président Talon et l’invite à réorganiser le scrutin du 28 avril 2019. Selon cette déclaration, la levée du blocus de la maison de Yayi est le résultat de combat du peuple béninois qui a bénéficié de l’appui :

  • De pratiquement tous les Chefs d’Etats d’Afrique !
  • Du Forum des anciens chefs d’Etats et de gouvernements crée en 2006 à Maputo, sous l’égide de Nelson Mandela
  • De la diaspora béninoise
  • De l’Intelligentsia du Continent, avec à sa tête le Prix Nobel Wolé Soyinka

On retrouve cette déclaration du président Soglo dans le Journal Le Nokoué du 24 Juin 2019, à la page 3.

On croit rêver !

Or tout ce vacarme de l’opposition n’a pas empêché les Institutions régionales que sont l’Uemoa et la Cedeao d’entériner les législatives du 28 avril parce que légales ! Mieux, la Presse du Jour n° 3221 et La Nation n°7295 du 12 août nous informe que la Cour africaine des droits de l’homme a débouté Yayi de toutes ses prétentions en rejetant sa plainte portant sur les incidents des 1er et 2 mai autour de son domicile !

Malgré ce vacarme le Chef de l’Etat a continué à tendre la main à l’Opposition. C’est ainsi que le 15 juillet, il a invité à la Présidence les Partis qui ne se sont pas conformés à la loi portant Charte des Partis. Tous ont répondu présents, sauf Restaurer l’Espoir de Candide Azannaï ! Suite à cette rencontre du 15 juillet, le ministre de l’Intérieur a reçu, dans la foulée, le 18 juillet, quatre partis, sans toujours Restaurer l’espoir. Il s’agit de :

– Union démocratique du Bénin nouveau (Udbn)

– Dynamique unitaire pour le développement (Dud)

– Les Forces cauris pour un Bénin émergent (Fcbe)

– L’Union sociale libérale (Usl)

Depuis, et avec l’aide du Ministère de l’intérieur, les deux premières formations que sont l’Udbn et la Dud ont reçu leur certificat de conformité après avoir rempli les formalités requises. Restent donc le Fcbe, l’Usl et le Re à qui le ministre a remis la fiche des corrections à apporter à leurs dossiers. Chacun sait que les Fcbe et l’Usl doivent régler le problème du positionnement, dans leurs instances dirigeantes, de personnalités ayant des soucis judiciaires !

Il est à souhaiter que ce dernier pas soit franchi pour que tous les partis issus de la mise en œuvre de la Charte des partis, puissent participer aux prochaines élections communales et locales. En effet, notre pays a aussi besoin de ses cadres, inscrits dans les partis Fcbe, Re, et Usl, pour sa construction.

Il reste à tirer quelques leçons de cette crise qui se conjugue de plus en plus au passé, pour clore notre exposé ou récit.

 

III. Quelques leçons pour finir

 

Notre pays n’a jamais connu d’élections législatives exclusives, et il est à déplorer, que celles du 28 avril 2019 aient été boycottées par les partis d’opposition.

 

  1. Lois électorales et changement de paradigmes

Les lois électorales n° 2018-23 du 17 septembre 2018 et n° 2018-3 du 09 octobre 2018, parce que contraignantes, ont réussit à modifier radicalement le système partisan de notre pays en nous faisant changer de paradigmes politiques. Le nombre des formations, en chutant de façon drastique de 260 à une dizaine, a provoqué une vive tension et des grincements de dents. Nous devons déplorer les incidents violents qui ont suivis les législatives du 28 avril, mais nous devons les accepter comme un mal nécessaires. En effet, on ne peut pas faire des omelettes sans casser des œufs ! Il est à souhaiter que le Chef de l’Etat maintienne sa main tendue jusqu’à ce que toutes nos formations politiques acceptent de se conformer à la Charte des Partis.

Le paysage politique nouveau qui est en train d’émerger de cette réforme politique majeure, se composera bientôt une dizaine de formations que sont : l’Up, le Br, l’Udbn, la Dud, le Prd, le Moelle-Bénin, et bientôt les Fcbe, l’Usl et Re. Ces dix ou neuf formations politiques évolueront pour devenir de vrai partis politiques, capables de dégager en leur sein des militants éprouvés pour diriger notre pays. Ce que nous n’avons jamais réussi en 30ans de Renouveau démocratique.

 

  1. La fin de la conférence nationale considérée comme un tabou

C’est la Conférence nationale qui a accouché du multipartisme intégral ! Et c’est ce multipartisme qui, pendant 30 ans (1990-2019) a empêché tout progrès politique réel dans notre pays ! La Conférence nationale ne doit plus être considérée comme un aboutissement, un Temple auquel il ne faut pas toucher !

La Conférence nationale n’est qu’une étape dans l’histoire de notre pays. Certes, elle constitue une étape importante, mais elle n’est pas une étape indépassable ! La preuve, il nous a bien fallu revenir courageusement sur le multipartisme intégral qu’elle a institué, pour avancer !

La réforme politique majeure qui est en cours, en s’inscrivant dans la durée, apparaîtra bientôt aussi importante que la Conférence nationale elle-même.

 

  1. Etat de droit et République bananière

Pendant la crise qui, lentement s’éloigne de nous, nous avons entendu le président Soglo donner des ordres à son lointain successeur Talon, et même lui lancer un ultimatum.

Les ordres : Il faut abroger par décret les deux lois électorales !

L’ultimatum : Il lui a donné 24H le 29 Avril pour annuler les élections qui viennent de se dérouler le 28 !

Mais, on est où là ???

Le président Talon a répondu calmement que les lois sont du ressort de l’Assemblée et que le temps des Républiques bananières est passé. Il a réaffirmé avec force les exigences de la séparation des pouvoirs dans un Etat de droit !

Quant à la demande de dissolution de l’Assemblée nouvelle élue, il a dû considérer cela comme une plaisanterie et l’a tranquillement ignoré. Mieux, il a veillé à ce que l’Assemblée installe ses organes et se mette au travail.

Pour la première fois dans notre pays, on a vu d’anciens Présidents tenir des propos séditieux et tenter d’entrer en rébellion. Le président Talon leur a répondu en leur opposant la loi.

 

  1. Nul n’est au dessus de la loi

En bloquant le président Yayi à son domicile pendant près de 2 mois (mai-juin) et en envoyant le Procureur l’interroger sur les émeutes des 1er et 2 mai, le président Talon a montré à chacun et à tous que personne n’est au-dessus de la loi.

Il est nécessaire que la justice situe les responsabilités dans les incidents des 1er et 2 mai ; tout comme il est nécessaire que ceux qui ont brûlé le matériel électoral à Tchaourou le 27 avril soit poursuivis et interrogés.

La justice doit pouvoir nous dire qui sont les responsables du saccage du Commissariat de Police et de la villa du député Bagoudou à Tchaourou ? Et à Cotonou qui a brulé la Société d’Automobile Lbm à Cadjèhoun ?

Le président Talon a tenu à montrer à tous que même un ancien président doit répondre devant la loi qui est applicable à tous quand on l’enfreint !

Dans les pays développés qui sont nos modèles, les anciens Présidents observent une obligation de réserve et évitent en général, de critiquer leurs successeurs immédiats ou lointains !

Le manteau d’ancien Président n’est pas une protection contre la loi. Chacun doit le comprendre à partir de ce que nous venons de vivre.

 

  1. L’attachement à la démocratie formelle

Quand le président Boni Yayi a organisé un hold-up électoral, volant sa victoire au Président Houngbédji aux élections Présidentielle de 2011, nous n’avions pas entendu les protestations véhémentes qu’ont provoqué les législatives du 28 avril 2019. Pourquoi ?

Parce que en 2011, tous les candidats ont pu se présenter aux Présidentielles, sans exclusive. Cela a suffi pour qu’on oublie que :

– Les cantines contenant les bulletins sont arrivées de Kandi ouvertes ! Le président de la Cour constitutionnelle, mon ami Dossou Robert, a refusé de tenir compte de cet incident !

– Les résultats concernant les grandes tendances ont été proclamées par le président de la Céna seul, en violation des textes. Conscient de son forfait, il a pris la précaution de se faire entourer par la soldatesque. Comme au vu et au su de tout le monde, le président Tévoédjrè intervenait à tout bout de champ pour orienter son exécutant Joseph Gnonlonfoun, nous avons tous compris la manœuvre.

Mais plus criarde a été la décision prise par les donneurs d’ordres de faire élire le candidat Yayi dès le premier tour ! Parce qu’ils savaient que :

– Le candidat Yayi, à cause de son bilan à scandales ne pouvait être élu d’aucune manière.

– L’opposition constituée par le Prd, le Psd, le Madep qui étaient les principales formations politiques de notre pays, rassemblait la majorité sociologique et donc électorale de notre Nation. Ils savaient qu’il serait écrasé dès le 1er tour par le candidat Houngbédji ! Les donneurs d’ordre ont estimé que Boni Yayi, par sa docilité, s’est révélé un meilleur serviteur de leurs intérêts !

Stupéfaits par cette audace, nous n’avions su réagir vigoureusement, malgré le rejet de cette imposture évidente par le candidat Houngbédji !

Mais en 2019, il a suffi que les opposants boycottent les législatives pour que Talon soit accusé d’exclusion. Et les opposants ont vociféré d’autant plus fort que le taux de participation, à cause des fake-News diffusés abondamment par les réseaux sociaux, a été bien faible ! Or le scrutin s’est déroulé normalement, avec la participation de toutes les Institutions concernées !

Cette comparaison est très instructive parce qu’elle montre que nous avons privilégié la démocratie formelle dans notre appréciation des faits. La connivence des Institutions (Cour constitutionnelle et Céna) a suffi pour nous faire avaler la grosse couleuvre de 2011 !

 

  1. Des contre ou anti-modèles

Deux personnages se sont tristement illustrés pendant cette crise en se prenant pour des modèles ou des leaders à suivre ! Ils ont poussé le ridicule jusqu’à transformer le siège de l’ancien parti Rb (1) en citadelle de la Résistance ! Vous avez compris que je veux parler des anciens présidents N. D. Soglo et Boni Yayi.

Nous avons eu raison de ne pas les suivre aussi bien dans leurs élucubrations (surtout Soglo) que dans leurs actes séditieux (surtout Yayi), parce que nous avons appris à les connaître au cours de leur mandat respectif :

 

  1. a) Le cas Soglo

J’ai été Directeur de Cabinet, puis Ministre du Président Soglo ; donc je sais de qui je parle. Il est indéniable que son mandat unique nous a sorti de l’ornière et remis notre pays sur les rails du développement ! Mais nous ne pouvons pas oublier :

– Qu’il reprochait au Professeur M. Ahanhanzo d’avoir multiplié les Institutions de Contre-Pouvoir ! La preuve, il a trainé jusqu’en 1993 pour installer la Cour Constitutionnelle. Je n’ai pas oublié le cortège bruyant qui est passé devant le Ministère de l’environnement en 1995 (J’étais alors ministre), emmené par le jeune Blaise Ahanhanzo (instrumentalisé contre son oncle) pour aller à la Cour Constitutionnelle (située à quelques encablures du Ministère), chantant et insultant la Présidente de la Cour, traitée de prostituée et d’étrangère !

– Qu’il n’a présenté qu’une seule fois, le Message à la Nation que la Constitution lui fait l’obligation de délivrer devant l’Assemblée en chaque fin d’année. Il lui répugnait de se présenter devant ces « gens-là » c’est-à-dire les députés de l’Assemblée nationale ! Et pourtant Dieu sait que les députés en question, ceux de la Première Législature, constituaient une « Assemblée introuvable ». Aucune des législatures suivantes, ne l’a égalé en qualité, à ce jour !

– Qu’en cinq ans, il a adopté la plupart de ses budgets (les budgets de l’Etat) par ordonnances !

– Qu’il a enjoint brutalement à nous qui le soutenions, de le rejoindre dans le parti, la Rb, que sa femme venait de créer. Le fameux discours de Goho sur la Rivière !

C’est le même Soglo qui « chérit la démocratie » comme nous venons de le montrer, qui se dresse aujourd’hui contre le Président Talon pour lui donner des leçons de démocratie quand il ne s’insulte pas. Monsieur le président malgré le fond d’estime que nous gardons pour vous, nous refusons de vous suivre parce que trop, c’est trop. Vous n’êtes pas un modèle en matière de démocratie, loin de là !

 

  1. b) Le cas Yayi

Il a travaillé sous moi, quand je dirigeais le cabinet du président Soglo, et qu’il était membre de la Cellule macro-économique de la Présidence. Il ne présidait pas cette Cellule, dirigée par Yacouba Fassassi, et les deux membres qu’étaient Guy Ajanohoun et feu Lazare Kpatoukpa, étaient nettement plus brillants

Mais Soglo, en l’envoyant à la Boad à Lomé, lui a permis de diriger notre pays. Je sais qu’il l’a fait pour renvoyer l’ascenseur à feu Pierre Boni (son beau-frère et le tuteur du petit Boni !) qui l’a aidé à aller à la Banque mondiale pour 2 mandats de 4 ans, donc 8 ans !

C’est le plus jeune de nos présidents (hormis Talon) mais, c’est celui dont le règne a été le plus dévastateur.

D’abord il a collectionné les scandales tout au long de ses deux mandats ; je cite les plus gros :

  • Sommet de la Cen-Sad
  • Les machines agricoles
  • Icc/Services, qui a épongé 150 milliards d’épargne des Béninois !
  • L’avion présidentiel
  • Le Siège de l’Assemblée nationale qui se dresse à l’entrée de Porto-Novo, comme le symbole de la corruption, avec 14 milliards engloutis !
  • La Centrale Maria Gléta qui a coûté des milliards !
  • Les programmes fantaisistes de micro crédits pour détourner des milliards à des fins électoralistes !

Ensuite, il s’est montré d’une méchanceté rare contre ses concitoyens, méchanceté dénoncée par le Juriste Chogolou Norbert dans le Matinal n°5592 du 03 juin, à la page 11- M. Chogoloucite parmi ses victimes :

– Mr René Azocli, du Padme, un fleuron du paysage financier qu’il s’est acharné à détruire

– Andoche Amégnissè, emprisonné pour outrage à sa personne

– Lionel Agbo qui a dénoncé la corruption et qui a dû fuir en exil après un procès abusif

– Janvier Yahoué Déhou, poursuivi pour offense au Chef de l’Etat après une déclaration sur Icc/Services

– Cyr Kouagou, Directeur général de la Communauté électrique du Bénin, contre lequel il a instrumentalisé une enquête, pour l’enlever de la Ceb, mais il a échoué !

– Même Le président Soglo qu’il a commandé au Dr Alexandre Hountondji d’outrager publiquement ; le Dr Hountondji a été si grossier qu’il a dû le sanctionner !

Et les douloureux souvenirs de la gestion calamiteuse du Président Yayi continuent avec :

– La liberté d’expression bâillonnée par des contrats délictueux, des procès, ou des fermetures crapuleuses

– Les médias d’Etat transformés, purement et simplement en organes pour célébrer le culte de sa personnalité !

Comme nous n’avons rien oublié ce Monsieur (je parle de Boni Yayi) ne peut pas jouer aujourd’hui à la victime pour nous faire oublier sa gouvernance calamiteuse ; dans aucun domaine, il ne peut prétendre être un modèle pour nous.

En conclusion, ces deux anciens Présidents, qui ont soulevé ouvertement l’étendard de la révolte, ne sont, en réalité, que des contre-modèles que nous avons eu raison de ne pas suivre.

 

  1. Un homme de paix

Contrairement aux anciens présidents Soglo et Yayi, le président Adrien Houngbédji, président de notre Assemblée nationale jusqu’à l’Installation de la 8ième législature, a eu un comportement différent. Non seulement il n’a pas levé l’étendard de la révolte mais, malgré l’exclusion du Prd du jeu électoral pour les législatives du 28 avril, il ne s’est pas lancé dans une campagne effrénée pour boycotter le scrutin

Il est vrai que dans le communiqué du 16 avril, le Prd demande « l’annulation du processus électorale en cours et l’organisation d’élections législatives inclusives ». Mais il reconnait avoir été écarté du scrutin pour un problème de doublons, même s’il attribue cette situation à un stratagème, monté selon lui, par un parti fantoche, crée par le régime. Dans le contexte, il lui était difficile de reconnaître que sa liste a été invalidée par la Céna à cause d’irrégularités qu’il refuse d’assumer !

Mais lorsque le processus s’est poursuivi et que les violences ont éclaté, le Président Houngbédji n’a pas hésité à les condamner fermement, en donnant des consignes claires à ses militants pour s’abstenir de toutes violences.

Le 26 juin, le Prd sort un dernier communiqué pour saluer « la politique de main tendue annoncée par le chef de l’Etat, son Excellence Patrice Talon, et l’avait exhorté à poursuivre dans cette direction pour un retour à la paix » Cf. Le Matinal n°569 du Vendredi 28 juin 2019. Page 09

Il est vrai que le Prd, à l’issue de la Présidentielle de 2016, a refusé de faire de l’opposition et a rejoint publiquement le président Talon. Sa collaboration avec le régime a achoppé sur son refus de rejoindre les blocs souhaités par le Président ; Son exclusion du scrutin législatif est venue aggraver le contentieux. Mais le Président Houngbédji, par son comportement, a su préserver la paix qui est la base de tout développement. Il me plaît de le saluer, dans ce bilan de crise, et de souhaiter qu’il reprenne sa place aux côtés du président Talon pour le développement de notre pays

 

Que conclure ?

 

Il me plaît de féliciter le Président Talon pour le calme et la fermeté avec lesquels il a su gérer la crise électorale. S’il avait fléchi pour brader les lois électorales et dissoudre l’Assemblée fraichement élue, il aurait installé le chaos, et fait faire à notre pays un grand bond en arrière !

La réforme du système partisan a besoin de la durée pour s’enraciner et produire tous ses effets. C’est pourquoi il doit tirer la conclusion, à son propre niveau, qu’il est condamné à faire un second mandat comme notre Constitution l’y autorise.

Ce sont d’ailleurs les performances qu’il a fait réaliser à notre pays, en 3ans, qui le condamnent à un second mandat. Mr Gilles Gohy, dans le Matinal n°5626 du 23/07 essaye de les recenser comme suit :

 

1) Le Bénin est devenu le premier producteur de coton en Afrique subsaharienne avec près de 700.000 tonnes !

2) Nos examens nationaux ont réalisé, tous, leurs meilleurs résultats cette année !

3) La réalisation des infrastructures routières a transformé tout le pays en chantier !

4) Les progrès du numérique ont déjà abouti à la dématérialisation des actes administratifs !

5) Cerise sur le gâteau, il mentionne l’exploit historique des Ecureuils à la Can 2019

6) Pour revenir au numérique, signalons que le Bénin, selon Mme Aurélie Zoumarou, est le 2ème pays de l’Afrique subsaharienne par rapport à la qualité de l’Internet. Cf. Le Matinal n° 5626 du23 juillet page 02

7) L’agence de notation financière Bloomfield Investissement Corporation classe notre pays parmi les premiers avec la notation A- (note d’investissement) à long terme, et la notation A2 à court terme. Cf. Presse du Jour n°3220 du 09/08/19.

8) Le même quotidien, dans son n°3224 du 19/08/19, et à la première page, classe le Bénin à la première place en matière de libre circulation dans l’espace Cedeao !

9) Des progrès réels ont été faits dans le domaine de l’énergie. Avec la réalisation de la Centrale Maria Gléta I, le délestage est de plus un mauvais souvenir ; et le lancement du projet Maria Gléta II nous fait tendre vers l’autosuffisance énergétique.

10) Pour finir, mentionnons les canalisations qui se multiplient partout pour apporter l’eau potable à nos populations !

 

Ces résultats, obtenus en seulement 3 années, sont le fruit d’un travail méthodique et programmé (P.A.G).

Il ne fait pas de doute qu’à ce rythme, au bout de son second mandat, le président Talon introduira notre pays dans l’émergence qui est, comme chacun le sait, l’antichambre du développement

Vivement donc un second mandat pour le président Talon ! C’est ce que je crois de toutes mes forces et souhaite ardemment pour notre pays !

 

Jean-Roger Ahoyo

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