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[Le Magazine de L'afrique - Business] Thomas Melonio : « L’Aide est un accélérateur du développement »

Inde-Afrique Les moyens d’une géo-économie
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Ancien conseiller Afrique, sous la présidence de François Hollande, Thomas Melonio réintègre l’AFD. Il compte mettre sa riche expertise et son carnet d’adresses au service de l’innovation, de la recherche et des savoirs en s’appuyant sur une équipe de 120 membres.

Entretien avec Hichem Ben Yaïche

Comment vous faites-vous à cette nouvelle vie au sein de l’AFD ?

Je suis un ancien de l’Agence. C’est une maison que je connaissais déjà. Il est vrai que mes fonctions précédentes au sein de la Présidence de la République ont représenté une dose d’adrénaline quotidienne extrêmement forte ! De 2012 à 2017, la pression causée par les crises et les grandes occasions n’a pas manqué.

Il y a donc forcément une grande bascule lorsque vous quittez une vie politique qui, par nature, est très imbriquée dans la vie médiatique et dont le rythme quotidien est tellement dense qu’il est difficile de regarder plus loin en se projetant dans la durée. Même si l’Élysée, par rapport aux ministères, a l’avantage qu’on y connaît le terme qui correspond au mandat présidentiel de cinq ans.

Dans les cabinets ministériels, la mission peut s’interrompre à tout moment. J’avais effectivement l’avantage de connaître le terme de la mission, mais il n’empêche que la pression au quotidien était extrême. La pression des médias est totalement intégrée à la sphère politique. En définitive, je peux dire que j’ai perdu en adrénaline mais gagné en horizon.

Vous avez été dans la réflexion, la conceptualisation et l’exécution. Comment fait-on, après, pour retrouver ses marques et son équilibre ?

Conseiller à la présidence correspond à un statut très élevé dans la hiérarchie d’État, mais cela représente aussi un travail relativement solitaire. À l’Élysée, nous n’étions qu’une ou deux personnes à travailler sur l’Afrique sans que les services de l’État ne soient par ailleurs immédiatement disponibles.

L’Afrique représente 50 % de notre activité, nous y avons engagé près de 5 milliards d’euros en 2017. C’est dire si nous croyons à l’avenir du continent !

Il s’agit donc plus d’un travail de réflexion, de coordination et de décision que de direction. Aujourd’hui, j’oriente des équipes, je les encadre, je les dynamise et je les fédère alors qu’à l’Élysée, j’écoutais, je décidais, mais l’exécution et la mise en oeuvre étaient faites par d’autres.

Sur le plan personnel, il y a aussi le processus d’intériorisation d’une réalité complexe et plurielle : la vision et l’appropriation d’un univers, celui de l’Afrique en l’occurrence. Comment cette expérience s’est-elle opérée, dans votre cas ?

Je peux vous donner des exemples très précis. À l’Élysée, nous travaillions sur toutes les politiques de l’État. Chaque jeudi s’y réunissaient les membres de la présidence, les ministres des Affaires étrangères, de l’Économie, de la Défense, de l’Intérieur, la DGSE, etc. De cette manière, je pouvais voir et appréhender toutes les différentes branches de l’État et de la politique française en Afrique.

Cette expérience m’a été très bénéfique et m’est très utile aujourd’hui. Le plan stratégique de l’AFD s’inscrit en effet dans une dimension « 3D » : Défense, Diplomatie, Développement. C’est une logique que je n’aurais pas intégrée d’une manière aussi intime il y a cinq ou six ans.

Aujourd’hui, je ne travaille que sur la composante Développement tout en voyant bien, à côté, quels sont les contraintes, les besoins et les demandes de mes collègues diplomates ou militaires. Mon expérience me permet d’internaliser et de comprendre les besoins des autres, pour parvenir à créer de la cohérence. Ce contact étroit que je garde avec mes collègues diplomates ou militaires correspond d’ailleurs à une stratégie que l’AFD souhaite renforcer.

À l’heure de la mondialisation et du village global, un outil tel que l’AFD présente-t-il la même efficacité qu’auparavant ?

Je ne retiendrai pas l’expression « village global », dans la mesure où je connais des villages au Mali, des villages en France, en Chine… Et ce ne sont pas exactement les mêmes ! Et c’est précisément parce que le monde n’est pas un village global que nous avons besoin d’acteurs qui soient capables de travailler sur des situations très différentes.

Notre slogan, « Un monde en commun », ne signifie pas que tout est pareil partout. Nous avons des thématiques communes, notamment la lutte contre le changement climatique et les pandémies, mais cela ne veut pas dire pour autant que la situation est uniformisée : certaines choses se passent dans le monde, qui ont des conséquences en France.

C’est une des raisons de notre existence : l’AFD aide le gouvernement français à travailler, dans un esprit de solidarité avec d’autres pays du monde, sur des thématiques qui ont un impact en France, comme le changement climatique. Cette image de « village global » implique que tout le monde, aujourd’hui, penserait déjà la même chose, ce qui n’est pas le cas.

Même si le budget de l’AFD est en augmentation, celui de l’aide au développement reste semblable à une goutte dans un océan de besoins… L’aide apportée par l’AFD est-elle efficace ?

L’aide sous forme de dons va beaucoup augmenter, puisqu’elle va passer de 600 millions d’euros en engagements, à 1,6 milliard en 2019. Cette hausse considérable, qui résulte des engagements pris par le président de la République, porte sur des secteurs très sociaux tels que l’éducation, la santé ou la biodiversité. Auparavant, nous n’avions absolument pas les moyens d’être à la hauteur des enjeux.

L’essentiel de notre aide passait par des prêts, qui se sont chiffrés, l’année dernière, à un total de 10,4 milliards d’euros – 9,8 de prêts et 600 millions de dons – et donc, l’augmentation des dons va nous repositionner sur des types de politiques publiques comme l’éducation et la santé où la France avait un petit peu disparu. Le second point, c’est qu’effectivement, l’Aide en général (les flux d’Aide publique au développement) est relativement petite par rapport aux besoins. Mais cela ne veut pas dire pour autant qu’elle n’est pas efficace.

L’Aide publique au développement est efficace, en proportion des moyens qui y sont mis. Lorsque nous parlons de 1,6 milliard d’euros de dons l’année prochaine, rapporté à une population africaine d’un milliard de personnes, cela représente 1,60 euro par habitant et par an… L’aide ne peut pas représenter la seule solution à la lutte contre la pauvreté ! Mais, encore une fois, ce n’est pas parce que nous faisons des choses de taille moyenne par rapport aux besoins que cela n’est pas efficace ! Cet argent que nous utilisons l’est de manière efficace.

Comment votre univers s’organise-t-il au quotidien ?

Une partie substantielle de mon activité consiste en évaluations, dans le cadre d’un département dédié qui joue un rôle important au sein de l’AFD : concrètement, ce sont des gens qui vont sur le terrain pour vérifier le suivi des projets. Ils réalisent parfois des évaluations scientifiques d’impact à travers des échantillons de bénéficiaires et de non-bénéficiaires, comme dans les expérimentations médicales.

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TAGS: AFD, AFRIQUE, Décideurs, ECONOMIE, France, Hichem Ben Yaïche, Interview, Le Magazine de L'afrique, Mardi 11 décembre 2018
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