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[Le Magazine de L'afrique - Business] Laurent Alexandre : Chirurgien, fondateur du site Doctissimo

Inde-Afrique Les moyens d’une géo-économie
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Dans La guerre des intelligences, Laurent Alexandre raconte le futur de notre aventure humaine. Il nous explique le bouleversement du monde depuis l’intrusion de l’intelligence artificielle, y compris pour l’Afrique. Des propos décapants.

Entretien avec Hichem Ben Yaïche

Nous vivons aujourd’hui une transformation majeure. Vers quel monde allons-nous?

Nous allons vers un monde où l’intelligence sera gratuite ; elle sera transférable par fils électriques: elle sera achetable, comme on achète de l’eau ou de l’électricité. Cela va constituer, sur plusieurs décennies, un changement complet de l’organisation de la société et de l’économie.

On a le sentiment d’être en pleine science-fiction… Ce qui exige des éléments de maîtrise que nous ne possédons pas encore aujourd’hui.

Oui… Nous avons un premier problème, c’est que nous décryptons très mal le futur, en matière d’intelligence artificielle comme dans beaucoup d’autres secteurs technologiques.

Laurent Alexandre: Chirurgien, fondateur du site Doctissimo: L’Afrique doit prendre le train de l’intelligence artificielle

Voici encore dix ans, la plupart des patrons de l’industrie automobile mondiale estimaient qu’il était impossible qu’une voiture puisse un jour se conduire toute seule. Aujourd’hui, tous les constructeurs développent des voitures autonomes, pilotées par intelligence artificielle. BMW, Ford, ont présenté des voitures sans volant, sans pédales de freins, totalement contrôlés par intelligence artificielle. Personne n’avait vu venir cette évolution technologique. Il est difficile de piloter des révolutions technologiques quand on les prévoit aussi mal…

Comment peut-on identifier les acteurs, préparer les esprits, entrer dans cette nouvelle architecture du monde ?

L’expérience du passé nous enseigne qu’on n’a jamais préparé ni les esprits ni la société aux évolutions technologiques, et qu’on les subit sans les anticiper.

Nous plongeons alors dans un monde que découvrons à tâtons…

Absolument ! Ce, de la même manière que nous n’avions pas anticipé toutes les conséquences de la machine à vapeur, la révolution industrielle, les chemins de fer, etc. Lorsque l’électricité est arrivée, on n’en a pas non plus imaginé toutes les conséquences et on n’y a pas préparé la société. Et lorsque le téléphone a été inventé, ses inventeurs pensaient que cela servirait seulement à écouter l’opéra à domicile sans imaginer une seule seconde que cela deviendrait un outil de communication structurant du xxe siècle. Effectivement, nous avançons à tâtons. D’abord parce que nous ne voyons pas arriver les révolutions technologiques, et ensuite parce que nous voyons très mal quelles peuvent être leurs conséquences, et nous ne nous y préparons donc pas.

Quels seront les maîtres du monde ? Peut-on dresser une cartographie de ces pouvoirs nouveaux qui vont le structurer ?

Aujourd’hui, en matière d’intelligence artificielle, nous voyons deux pôles majeurs : la côte ouest des États-Unis avec les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) et la côte chinoise avec les BATX (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi). Aujourd’hui, la quasi-totalité de l’intelligence artificielle est produite par ces deux pôles. Peut-il y avoir demain de l’intelligence artificielle produite dans d’autres zones du monde ? C’est possible… mais enfin, aujourd’hui, l’impression qui domine est celle d’un monopole assez durable pour ces géants du numérique.

Comment peut-on se préparer à la guerre des intelligences ? Vous évoquez souvent la dimension éducative.

Oui, l’école a un rôle crucial à jouer, car elle va former nos enfants à être compétitifs en matière d’intelligence artificielle et à savoir changer de métier régulièrement. En effet, l’intelligence artificielle va détruire beaucoup de métiers et elle va en créer d’autres.

Il va donc falloir souvent changer de métier, et l’école – avec le système de formation des adultes – va apprendre aux gens à devenir flexibles pour s’adapter à la nouvelle donne technologique.

L’Asie était un continent qui comptait peu, il y a quelques décennies. L’intelligence artificielle est-elle cet outil miracle permettant le décollage économique de n’importe quel peuple et de n’importe quelle région ?

En théorie, oui… Mais en pratique, c’est plus compliqué. Il est plus facile d’avoir une industrie d’intelligence artificielle et d’en profiter là où les gens savent lire et écrire, ont été à l’école, ont reçu une véritable formation, que dans certaines zones géographiques où l’alphabétisation est encore en cours. Je pense notamment à l’Afrique subsaharienne.

Précisément, quelle pourrait être la place de l’Afrique dans ce jeu mondial ?

La réalité sera sans doute entre deux scénarios possibles. Le premier, optimiste, voit l’intelligence artificielle permettre à l’Afrique de sauter des étapes et parvenir plus vite à des modèles de développement.

Mais il faut envisager un scénario plus pessimiste, où l’Afrique deviendrait une gigantesque métropole désordonnée, sans services publics, avec des écoles pourries, sans pouvoir maîtriser cette révolution de l’intelligence, et s’enfoncerait un peu plus dans le sous-développement dans les décennies qui viennent.

Il faudrait que les pays africains se préparent à l’intelligence artificielle. Aujourd’hui, les pays d’Asie sont bien plus préparés à l’intelligence artificielle que certains pays d’Afrique du Nord qui commencent, avec certains succès, leur décollage. Le Maroc et la Corée du Sud avaient un niveau de développement comparable dans les années 1950. On voit où en sont ces deux pays aujourd’hui. L’Asie est bien mieux préparée à l’intelligence artificielle que les pays du Maghreb.

L’Afrique comptera deux milliards et demi d’individus en 2050, dont 70 % de jeunes. Le continent compte 65 % d’analphabètes. Faut-il désespérer ?

C’est un problème politique et culturel. L’Asie a massivement investi dans l’éducation, avec des résultats scolaires éblouissants. Singapour est numéro un mondial dans le classement mondial PISA. L’Afrique n’a jamais investi dans l’école, elle n’investit pas dans la recherche, le niveau des universités y est très médiocre.

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TAGS: AFRIQUE, Décideurs, Doctissimo, Hichem Ben Yaïche, Intelligence artificielle, Interview, Jeudi 1er mars 2018, Laurent Alexandre
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