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Un vent de violence : Quand l’histoire hésite

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Nouvelle annonce

L’ancien grand patron français Bernard Attali analyse un monde en basculement. Dans un essai choc, il constate, en particulier, que l’Afrique n’a pas réussi à guérir ses maux structurels, tandis qu’on lui promet une nouvelle ère. 

Par Dov Zerah 

D’un point de vue géopolitique, il est relativement facile de dater le basculement dans le xixe siècle avec le Congrès de Vienne en 1815, tandis que le xviiie s’était probablement achevé en 1789 avec la Révolution française.

Le traité de Vienne a ouvert une période de paix qui a duré un siècle, nonobstant les deux guerres austro-allemande de 1866 et franco-allemande de 1870. Le xxe siècle a mis trente ans à émerger, entre 1914 et 1945, même s’il a fallu attendre des décennies avant de signer des traités de paix entre les belligérants. 

Alors que nous avons déjà vécu le cinquième du xxie siècle, il est difficile de dater le basculement, et même son commencement. Pour Bernard Attali, « l’histoire hésite, entre le fanatisme terroriste, le réveil des guerres religieuses, le réarmement des Nations, les tsunamis migratoires, l’accentuation des inégalités sociales, la montée irrésistible d’une très grande puissance liberticide, la Chine, l’explosion démographique, l’irruption de nouvelles technologies disruptives… La violence monte. Ce n’est pas la fin du monde. Mais sans doute la fin d’un monde ». 

Dans un livre aux formules chocs qui remplacent de longs développements, Bernard Attali décrit « les forces du mal » qui alimentent « un vent de violence » : l’explosion démographique, le tsunami des migrants, les dérives américaines, la propagation de la grande criminalité, la grande lessive des paradis fiscaux, la baisse des taux et l’abondance de liquidités – tous deux créateurs de bulles et d’une accumulation de dettes –, la saturation du bien commun et l’urgence écologique… Autant de sujets traités et disséqués sous forme de chroniques qui mettent en évidence les carences de la gouvernance mondiale et l’impérieuse nécessité d’agir. 

L’ombre chinoise 

Dans ce compendium d’une vingtaine de chroniques, cinq portent plus particulièrement sur : le redémarrage à la hausse des dépenses militaires, avec le risque de l’inéluctabilité de la guerre. Même si avec plus de 700 milliards de dollars de dépenses, les États-Unis assurent la moitié du total mondial, le budget chinois a connu une augmentation de 132 % en dix ans et atteint 175 milliards.

Pour faire face aux prétentions hégémoniques de la Chine, le Japon est en train de réarmer, voire de se nucléariser… Dans le même temps, l’Europe semble se désarmer avec seulement 1,5 % de son PIB consacré aux budgets militaires contre 4 % voici quelques décennies… L’ancien patron d’Air France analyse l’« ombre chinoise ».

Alors qu’elle serait confrontée à la fin de ses quarante glorieuses, la Chine, sous l’hyper présidence de Xi Jinping, vise le leadership mondial à échéance de 2050. Cette ambition et la hausse des budgets militaires plantent le décor d’une déflagration. Les réflexions de Bernard Attali, « un moteur à explosions » permettent de comprendre les crises des « bonnets rouges » et des « gilets jaunes ». 

Des carences en Afrique 

L’auteur réserve un chapitre au « continent africain à la dérive ». Voici dix ans, l’Afrique subsaharienne, désendettée, était présentée comme l’eldorado du xxie siècle. L’Afrique semble avoir du mal à dépasser ses problèmes structurels, avec une population totale qui va presque doubler d’ici 2050, et une population urbaine qui va tripler dans le même temps…

Une population de plus en plus jeune se localisant dans des mégalopoles incapables de fournir les services publics minimaux (voirie, transports, énergie, gestion des déchets solides et liquides, structures pour l’éducation et la formation, équipements sanitaires, et surtout les emplois…), ce qui va créer des zones d’insatisfaction sociale propices à toutes les révolutions.

L’Afrique doit faire face à sa dépendance vis-à-vis des matières premières, et son incapacité à transformer localement ses ressources et à promouvoir un modèle 

Ce n’est pas parce que nous avons été colonisateurs que nous n’avons pas un devoir de vigilance… Le romantisme postcolonial n’est plus de mise… C’est le devoir de la France – et aussi son intérêt – d’alerter le monde sur les dangers qui en découlent. 

de développement économique durable. Elle doit combler ses carences en matière de gouvernance, avec la corruption, la captation des rentes par une minorité, le braconnage, les trafics en tous genres… L’auteur constate des États de plus en plus fragiles, parfois marginalisés par des organisations criminelles, à la merci de la Chine qui les endettent et de la Russie qui les arment. 

Bernard Attali essaie de secouer la conscience internationale sur cette situation pour éviter les vagues de migrants politiques, économiques et climatiques.

Il n’hésite pas à aborder des sujets sensibles, en écrivant : « Ce n’est pas parce que nous avons été colonisateurs que nous n’avons pas un devoir de vigilance… Le romantisme postcolonial n’est plus de mise… C’est le devoir de la France – et aussi son intérêt – d’alerter le monde entier sur les dangers qui en découlent. À défaut, « les sanglots de l’homme blanc » seront demain des larmes de sang. » 

Sans aucune complaisance à l’égard des dirigeants du monde, Bernard Attali nous offre un tour d’horizon de notre monde où les plaques tectoniques se confrontent jusqu’au moment où un nouvel équilibre émergera et permettra d’atténuer la violence actuelle.

Un livre passionnant, fourmillant de raisonnements, de chiffres, de faits, de références, qui permettent de comprendre ce qui se passe sous nos yeux et forcent à la réflexion. 

Après cette cavalcade à travers la planète, la conclusion est « un éloge de la mesure ». Nos sociétés « ne peuvent survivre que grâce à une certaine dose de déni… Cassandre doit être assassinée. »

Face à l’accélération des évènements et l’accumulation des risques, Bernard Attali préconise une pause pour nous permettre de retrouver le cap.

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TAGS: AFRIQUE, Art et Culture, Bernard Attali, Culture, Dov Zerah, Livre, Lundi 09 septembre 2019
Livre à paraître: « Joseph Djogbénou : au service de la République » disponible dès le 9 septembre
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