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Un second plan directeur d’industrialisation

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Nouvelle annonce

Élaboré en 2017, le plan d’industrialisation devrait transformer le Cameroun en l’« usine de la nouvelle Afrique industrielle à l’horizon 2050 ». Mais les fonds restent à mobiliser et des réformes à engager.

Douala, Frédéric Nonos

Dans le cadre de son développement à long terme, le Cameroun s’est doté, dès 2009, d’une vision qui doit le conduire au statut de Nouveau pays industrialisé (NPI) en 2035.

Le Plan directeur d’industrialisation (PDI), fait partie de cette vision et ambitionne de faire du Cameroun, l’« usine de la nouvelle Afrique industrielle à l’horizon 2050 ».

Ceci, en cohérence avec l’Agenda 2063 de l’Union africaine, qui met en priorité la transformation locale des ressources naturelles. Élaboré en 2017 par le cabinet conseil en stratégie Basics International, le PDI part d’un état des lieux précis et d’un diagnostic stratégique de l’industrie camerounaise (lire encadré). 

Le nouveau schéma industriel met en exergue onze thématiques dont trois stratégiques (le numérique, l’agro-industrie, l’énergie), cinq piliers industriels stratégiques (textile-confection ; mines et métallurgie ; forêt-bois; hydrocarbures et pétrochimie ; chimie et pharmacie), deux socles (infrastructures et financement) et un voile (veille stratégique et intelligence économique). 

Il s’agit pour le Cameroun de rattraper à la fois son retard de croissance, reconquérir son leadership et maîtriser les chocs structurels ou systémiques. Le Cameroun ambitionne ainsi d’accroître de 24 % contre 13 % actuellement, la contribution du secteur industriel dans la formation du PIB, afin d’atteindre les objectifs d’émergence à l’horizon 2035. 

Sur le plan énergétique, le PDI prévoit la construction d’un maximum d’infrastructures énergétiques sur la Sanaga (le plus long fleuve du pays avec 918 km), de manière à saturer ce fleuve sur lequel se trouve environ 75 % du potentiel hydroélectrique du Cameroun.

Il est également question, selon le gouvernement, d’accélérer le développement des autres formes d’énergies renouvelables (biomasse, gaz naturel, solaire) pour fournir une énergie bon marché et écologique aux industries locales. Mais aussi au vaste marché du grand voisin nigérian, dont les besoins énergétiques sont estimés

ENCADRE
Une évolution en dents de scie 
Dans son histoire industrielle, le Cameroun, a connu de 1945 à 1990, une évolution en dents de scie, marquée par une domination, un déclin et une pseudo-relance. Après l’économie coloniale de traite pratiquée avant 1960 avec l’émergence des entreprises soumises aux priorités exogènes, l’économie camerounaise est marquée par une forte empreinte de l’État, le développement industriel du pays, avec la création de nombreuses entreprises nationales, soutenues financièrement par la Banque camerounaise de développement (BCD) et la Société nationale d’investissement (SNI), créées respectivement en 1961 et en 1964. La conjonction de ces actions impulsées par la puissance publique a permis l’éclosion d’un environnement économique dynamique et diversifié, adossé sur un tissu productif embryonnaire performant, avec une industrie en position de domination par rapport à un ensemble de pays africains, latino-américains et asiatiques. Et a permis l’augmentation de la part des produits manufacturiers dans le PIB. 
Avec une stratégie basée sur les volumes des matières premières brutes exportées et des filières industrielles monopolistiques, font durement subir au Cameroun, plusieurs chocs économiques. Ce qui conduit à l’abandon du premier plan directeur d’industrialisation pour crise économique, peu après son adoption en 1989. Les chocs exogènes, les réactions industrielles timides et la modification mondiale des bases de la compétitivité industrielle contribuent au décrochage brutal et forcé de l’industrie camerounaise et, par conséquent, à la fragilisation de l’économie nationale. 

à 88 800 mégawatts en 2020. La biomasse et le bois, constituent près de 70 % de l’énergie consommée au Cameroun. Cependant, le pays affiche toujours un déficit d’offre d’énergie électrique.

Développer les technopôles 

D’un coût global de 1 000 milliards de F.CFA (1,52 milliard d’euros), ce plan énergétique impose une restructuration robuste et conséquente du secteur national de l’énergie et la mise en cohérence des grands compartiments de l’organisation de ce secteur avec les enjeux en présence et les défis à relever, à court, moyen et long terme, depuis la production, jusqu’à la distribution en passant par le noeud critique des réseaux interconnectés nationaux et régionaux actuels et futurs. 

Au plan agro-industriel, le PDI priorise le développement des technopôles agro-industriels, afin de faire du Cameroun la mamelle nourricière des dix pays de la CEEAC (Communauté économique des États de l’Afrique centrale) et de près de 200 millions d’habitants du Nigeria, avec lequel le Cameroun partage une frontière de près de 1 500 km. 

Justement, l’Afrique centrale et le Nigeria ont connu des évolutions similaires, ouvrant un vaste champ de transactions commerciales aujourd’hui essentiellement captées par les produits alimentaires d’origine asiatique, européenne et américaine.

La conjonction de ces faits et évolutions devrait ouvrir des perspectives intéressantes pour le Cameroun. De l’avis des économistes, cette vision induit nécessairement la mise en conformité de la stratégie nationale de production agro-industrielle, l’organisation de la logistique de collecte, de transport, de conservation et de conditionnement et la stratégie de la grande exportation de la production agro-industrielle.

En effet, sept plans prioritaires de développement agro-industriel sont ciblés. Alors que les six premiers plans (coton, cacao-café, huile de palme, sucre, caoutchouc et riz) visent la réalisation des technopoles aux fins de l’atteinte des objectifs majeurs agro-industriels, le septième plan consiste à désenclaver les grands bassins de production agricole : d’abord l’est et le sud du Cameroun, puis ceux de la partie septentrionale avec pour objectif de desservir les grandes zones frontalières avec les pays voisins.

S’agissant du numérique, le gouvernement s’est doté d’un plan d’environ 600 milliards de F.CFA (915 millions d’euros). Pour résoudre à la fois le double défi de sa reconstruction industrielle et de son insertion dans la dynamique des technologies de l’information et de la communication. L’enjeu, selon l’État, étant la neutralisation de la fracture numérique. 

Craintes sur le financement 

Au-delà des plans d’actions et résultats prioritaires, le coût global de ce plan reste à évaluer. De même que son mode de financement. Selon les milieux financiers, 85 % de l’encours global des financements au Cameroun est constitué des prêts à court et moyen terme.

De même, 81 % des ressources sont des dépôts à vue, totalement inappropriées pour le financement à moyen ou long terme. Or, « l’industrialisation en général trouve sa puissance dans une politique active d’investissement à long terme », rappelle Jean-Marie Mbiada.

En conséquence « la stratégie industrielle doit garantir son efficacité et sa sécurité à travers une industrie financière structurée autour d’une offre de financement à long terme », poursuit l’économiste. Qui propose le développement d’une industrie financière capable de mobiliser les ressources nécessaires en interne et à l’international.

Ce qui suppose de recourir davantage à la fiscalité interne, par les droits de douane, l’emprunt obligataire, sans oublier la mobilisation d’appoint des bons de trésor sur le marché monétaire… 

Parallèlement, les observateurs restent dubitatifs au sujet de la célérité de l’implémentation de ce plan. Deux ans après son élaboration, plusieurs projets prioritaires ne sont toujours pas réalisés. C’est le cas de la création d’un centre national de tri des cuirs, prévu en 2017 et qui se fait attendre.

Il s’inscrit dans le redéploiement de l’industrie du cuir et de la fabrication de chaussures sur toute l’étendue du territoire. Ce plan, analyse Etienne Akono, a le mérite d’être ambitieux.

Mais l’universitaire estime qu’au-delà de son élaboration, il faut davantage de réformes structurelles urgentes pour maintenir le cap. Notamment la mise en oeuvre rapide des accords de partenariat économiques et financiers avec l’Île-Maurice, des mesures de protections des investisseurs étrangers… Au risque que les projets annoncés, craignent les observateurs, ne deviennent des « éléphants blancs ».

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TAGS: Afrique centrale, Cameroun, Douala, ECONOMIE, Entreprises et Marchés, Lundi 15 juillet 2019, Par Frédéric Nonos
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