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La microfinance à l’épreuve de la réglementation

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Nouvelle annonce

Confrontés à de nombreuses faillites, les établissements de microfinance cherchent la voie de la pérennité. La Commission bancaire de l’Afrique centrale entend les arrimer à son nouveau dispositif de contrôle et de gestion, d’ici à 2020.

Douala, Frédéric Nonos 

Avec 412 établissements agréés, le secteur de la microfinance est l’un des plus dynamiques de l’économie camerounaise. Il profite d’une structure diversifiée, recelant un potentiel de micro-entrepreneurs.

Selon le ministère des Finances, les dépôts des Établissements de microfinance (EMF) se situaient à 668,2 milliards de F.CFA (1,02 milliard d’euros, +9,3 % en un an) à fin décembre 2017 et les crédits ressortaient à 464,2 milliards de F.CFA (707,7 millions d’euros, +2,9 %).

Les EMF jouent un rôle majeur dans l’inclusion financière. Ils offrent aux exclus du système bancaire classique des solutions adaptées à leurs besoins dans un pays où le taux de bancarisation n’est estimé qu’à 19 %.

Les banques commerciales dénombrent 3,03 millions de comptes ouverts. La microfinance est divisée en trois réseaux au Cameroun. Elle emploie 3 507 salariés et contribue à plus de 10 % de financement de l’économie. 

À en juger par ces chiffres, le rôle prépondérant de la microfinance dans l’économie n’est plus à démontrer. Pourtant, ce dynamisme est altéré par la durée de vie éphémère de certains EMF.

Le dernier cas en date est celui de Crédit Mutuel. En difficulté depuis 2016, l’établissement financier a été mis en liquidation en mars 2019. Il s’inscrit sur la liste de Cofinest, Comeci, City Trust Credit Fund, Crédit du Golfe ou encore Fiffa, tous en faillite ces dernières années. 

De l’avis des experts financiers, la succession des dépôts de bilan de ces établissements s’explique principalement par des problèmes de gouvernance, nés des conflits entre promoteurs des établissements et dirigeants opérationnels.

Autres causes non moins négligeables : les impayés. À en croire David Kengne, le taux d’impayés est le plus élevé du monde. Le consultant et expert en microfinance précise que les standards prévoient un maximum de 5 % de portefeuille à risque en 30 jours.

Mais au Cameroun, ce taux se situe entre 15 % et 20 %. Dans ce cas, déplore-t-il, « il est difficile à un EMF d’engranger de bénéfices et le risque d’un dépôt de bilan est accru si les normes prudentielles ne sont pas respectées ». 

Nouveau dispositif 

Pourtant, la Commission bancaire d’Afrique centrale (Cobac), le régulateur financier de la sous-région, déployait son dispositif – qui datait de 2002 – pour un contrôle et une gestion efficaces des EMF.

Malgré une forte progression de la microfinance dans la sous-région, avec 840 EMF pour un total bilan de 1 158 milliards F.CFA (1,77 milliard d’euros) en 2017, la Cobac a relevé que la qualité apparente du portefeuille s’est dégradée (près de 106 milliards de F.CFA de crédits douteux).

Elle a dû prendre plusieurs mesures préventives et d’assainissement à l’encontre de certains établissements. 

Ainsi, pour la seule année 2017, la Cobac a-t-elle adressé une injonction à 55 EMF, à l’effet de se conformer à la réglementation prudentielle. Entré en vigueur le 1er janvier 2018, le nouveau dispositif tient compte des préoccupations actuelles comme le blanchiment des capitaux.

Plus rigoureux en matière de contrôle, de gestion, de profil des dirigeants et de constitution du capital minimum, ce nouveau dispositif rapproche les EMF des établissements de crédits (banques, assurances). Il renferme une dizaine de changements majeurs. Ainsi, le capital social des EMF de deuxième catégorie passe-t-il de 50 millions à 300 millions de F.CFA…

Le nouveau dispositif de contrôle et de gestion de la Cobac force les établissements de microfinance à s’arrimer à une bonne gouvernance, et à respecter des systèmes de contrôle qui permettent de garantir leur solvabilité et leur pérennité. 

… suivant le chronogramme : 100 millions de F.CFA au 1er janvier 2018, 150 millions au 1er janvier 2019, 200 millions au 1er janvier 2020, et 300 millions FCFA au 1er janvier 2021.

Pour les EMF de troisième catégorie, le capital social augmente de 25 millions à 150 millions suivant les délais ci-après : 50 millions de F.CFA au 1er janvier 2018, 75 millions au 1er janvier 2019, 100 millions au 1er janvier 2020 et 150 millions au 1er janvier 2021. 

Une typologie précise 

Dans ces innovations, la Cobac ne mentionne pas de changement pour les EMF de première catégorie. En règle générale, ce type d’établissement ne nécessite pas un capital ou une dotation minimum.

Cette catégorie procède juste à la collecte de l’épargne des membres (cent membres minimum, pas plus de 20 % des parts chacun) qu’il emploie en opérations de crédit, exclusivement au profit de ceux-ci (type associatif, coopératif, mutualiste).

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TAGS: Afrique centrale, Cameroun, ECONOMIE, Etablissement, Finances, Finances et Marchés, Frédéric Nonos, Microfinance
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