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FIM 2019 : Le plaidoyer des artistes béninois

FIM 2019 : Le plaidoyer des artistes béninois
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Nouvelle annonce

Jean-Pierre Hountin-Kiki alias Massi-Massè, artiste-chanteur
« Ce n'est pas la volonté qui manque aux artistes béninois »
Quel est l'état des lieux aujourd'hui par rapport à la musique ?
Je vais simplement dire que la musique a connu une certaine évolution. Elle a évolué dans le sens de la modération des rythmes traditionnels qui aujourd'hui sont devenus musiques modernes d'inspiration traditionnelle. Ce n'est qu'une adaptation de rythmes modernes avec des percussions traditionnelles. Il y a que les anciens rythmes endogènes, traditionnels ont été modifiés et ont connu de nouvelles dénominations ou noms. Les gens sont allés du Tchinkounmè au Dongoudou, comme Tohon est allé du Tchinkounmè au Tchink-système. Donc il y a de nouveaux rythmes qui se sont créés et qui s'inspirent sérieusement des rythmes anciens comme le "Akonhoun", le "Toba-système" et autres. Les vedettes féminines se sont surtout collées au Toba-système et il y a plusieurs aujourd'hui qui évoluent dans cette création. C'est l'état des lieux. Il y a plus de gens qui s'intéressent aujourd'hui à la musique. De plus en plus, les gens n'évoluent plus en groupe mais plutôt en solo. La musique se porte tant bien que mal. Si nous déterminons les catégories, au niveau de la musique traditionnelle, on peut dire qu'elle est ascendant. La musique moderne tient, mais il y a trop d'artistes opportunistes ou de circonstance qui ne sont ni confirmés, avérés et qui n'ont pas les aptitudes mais qui sont intéressés.

Avons-nous une industrie musicale aujourd'hui ?
Je ne veux pas aller directement pour confirmer qu'une industrie culturelle s'impose à nous. Non je ne dirai pas cela. Il y a un autre problème, un autre fléau même et si une industrie culturelle s'installait, ce fléau allait freiner. C'est un fléau qui comporte deux aspects négatifs. Il y a la piraterie et la non-appropriation. C'est-à dire que le béninois aime jouer au civilisé. Il préfère montrer à son frère qu'il connaît tout. Il s'adapte à la culture des autres et se fait considérer comme un paysan. Ce qui fait que même si l'industrie se créait, les choses ne seront pas de bonnes factures. Les béninois ne l'accepteront jamais. Ils vont plutôt porter leurs choix sur les œuvres piratées à 300f et à cette allure, acheter un produit non édifié, c'est détruire le produit. Ce n'est pas la volonté qui manque aux artistes béninois, ce n'est pas non plus la disponibilité qui fait défaut, mais nous avons une critique négative par rapport à la consommation des œuvres de nos artistes.

Pourquoi les œuvres musicales anciennes résistent au temps ?
Les œuvres anciennes, si elles résistent au temps, ce n'est pas parce qu'elles sont de bonne facture, ou bien d'une qualité de réalisation exceptionnelle, non, ces œuvres résistent au temps à cause de leur contenu. Le message que ces œuvres véhiculaient, ce sont des messages qui répondent aux réalités socio-culturelles de notre pays. Des messages poignants et émouvants qui sont souvent des calmants pour certains. Des messages d'expérience, de vie, de douleur et de compassion. Des messages qui ne peuvent disparaître étant donné que les réalités de notre vie quotidienne sont là. Ce sont nos problèmes, peines et frustrations que ses chansons évoquent. Nous nous contentons de nous consoler avec. Cela se faisait dans des orchestres qui travaillent dur, l'orchestration était musicalement travaillée. Moi j'ai fait 10 ans avec Sagbohan Danialou et ce n'était pas facile, c'était des répétitions sur répétitions, il ne chante pas n'importe quoi, il travaille dur. Des artistes musiciens comme les Black Santiago, El Régo, Gnonnas Pedro, ils ont fait des morceaux éternels, des chansons qui portaient tout le poids des frustrations sociales. Ce n'est pas ce qui ce passe aujourd'hui où on ne chante plus.

Ebawadé artiste-chanteur

« Il faut que les artistes travaillent »
Il faut que les artistes travaillent, qu'ils aient le goût du live, car les playbacks tuent l'œuvre. Il faut qu'ils se donnent les moyens d'enregistrer dans de bons studios, au lieu de compter sur des logiciels. Il faut également que les promoteurs culturels fassent correctement leur travail, parce qu'il n'y a pas une œuvre sans promotion. Et troisièmement, le gouvernement doit accompagner les artistes. Aujourd'hui, c'est avec un grand regret que nous avons appris que les cachets n'existent plus. Comment pensent-ils que nous pouvons évoluer avec ça ? Ce sont les sandwichs ou autres qui pourront nourrir nos familles ? Je ne crois pas.

Anice Pépé alias Tô Vodoun artiste-chanteur

« Nous avons le devoir de travailler pour l'améliorer »
La musique béninoise se porte à merveille. Seulement que ceux qui chantent, ceux qui ont des chansons instructives, éducatrices ne sont pas nombreux. Ils sont minoritaires, vraiment minoritaires. Il y en a qui racontent n'importe quoi et qui se jouent à la télé. Des chansons qu'on ne doit pas publier, ni même jouer quand on est ensemble avec ses enfants dans son salon. Simplement parce qu'on ne veut pas donner de mauvaises éducations à nos enfants. L'autre chose est que le marché du showbiz ne marche plus au Bénin faute de l'avènement des clefs Usb, cartes mémoires et les portables Androïd. Vous sortez votre CD aujourd'hui, vous l'avez déjà sur tous les portables le même jour. Dans ces conditions comment vous pourrez vous nourrir ? Comment on peut dire que la musique nourrit son homme ? Si ce n'est pas l'effort que fait aujourd'hui le ministre que nous avons à la tête du ministère de la culture et des sports et aussi le dynamisme de l'actuel directeur général du Bubédra, ce serait du fiasco total. Mais le ministre et le DG Bubédra se battent et pour ça, je leur dis merci et leur tire chapeau. Je les exhorte à plus pousser pour que nous puissions dire que nous avons le devoir de sortir d'album pour donner de la joie au cœur des citoyens béninois. Parce que si vous sortez des albums et que vous ne gagnez pas avec la vente des disques, que vous gagnez par ici ça pourra marcher. Ils ont commencé quelque chose de merveilleux, du jamais vu qui dans l'avenir peut nous donner plus de la joie. Et donc, les droits d'auteurs sont un peu améliorés au niveau du Bubédra. Si ce n'est pas cela, je vous dirai que la musique va mal. La musique se soigne petit à petit et nous autres avons le devoir de travailler pour l'améliorer. Moi Anice Pépé qui vous parle, j'étais un peu découragé mais maintenant j'ai le moral et je peux promettre au peuple béninois que je vais continuer à chanter. Je dis bravo à ceux qui font bien la musique au Bénin. Il y en a qui depuis le début n'ont chanté qu'un seul sujet. Ils reprennent la même chose pour sortir un autre album en cassant ce qu'ils avaient chanté et ne chantent que la même chose. A ceux-là, je vais leur dire de chercher dans leur talent et si Dieu ne leur a pas donné qu'ils laissent la musique.
Réalisé par : Marina HOUNNOU(Coll.), Jephté HOUNNANGNI & Carole DOSSA (Stag)

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TAGS: ACTU, EDITO, EXPO_UNE
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